mardi 13 mars 2012

Reugny : Le Marché de Reugny

Un épais dossier aux archives d'Indre et Loire (8M100), est consacré aux foires et marchés de Reugny. On y trouve notamment des querelles à propos de l'emplacement du marché...
Le 16 janvier 1810, les membres du conseil municipal de Reugny envoient une lettre au préfet d'Indre et Loire, dans laquelle ils lui font part "des désordres qui s'accumulent" dans la commune. Ils racontent que "le dimanche 14 de ce mois" le maire de Reugny a fait "annoncer a son de tambour à l'issue de la messe" le déplacement du marché à partir du jeudi 18. Les conseillers assurent qu'ils "n'ont rien sûs de cette entreprise du maire de Reugny, elle a été tramée dans le plus grand secret", et racontent que les habitants ont "étés si étonnés quils ne peuvent pas croire a cette innovation ni même sen faire la moindre idée tant elle est illegale et contraire aux lois". Ils écrivent ensuite qu'un "marché est un établissement public qui ne peut estre deplacé que par des motifs justes et raisonnables qui sans doutte doivent estre communiqués au Conseil dela commune pour les aprouver ou contester parce que le conseil dela commune est etably pour veiller a ses interets et les deffendre dans tous les cas ou ils seroient attaqués. Mais il nest aucûn motif raisonnable pour déplacer ce marché". Selon eux, "ce marché existe de temp immemorial dans le local ou il est actuellement, ce local est din très beau niveau, grand-spacieux au milieu du bourg et parfaittement a la comodité de tous les habitants de ce bourg, de ceux de la campagne en un mot de tous le Public.
On veut déplacer le marché pour le porter audessous de l'église, au bout des cimetières dans une rue étroite, dans un endroit en pente ou personne ne peut se tenir en hiver dans les temp de verglats, on veut constituer la comûne dans des praits considerables d'acquisition de terrains […] pour faire un emplacement à ce marché.
Quel peux donc estre le motif du deplacement du marché de Reugny le voicy Monsieur le vrai motif". Le conseiller municipal raconte ensuite que "le sieur Galbrûn maire est marchand d'etoffes et autres menues marchandises, il a occupé comme fermier la maison de la halle quil tenoit des fermiers de la maison de la Vallière pendant neuf annés qui sont expirés à la Toussaint 1808. Cette maison de la halle est proche du marché de Reugny, et dans une position favorable pour l'état du sieur Galbrûn, il n'a pas cherché alors a faire déplacer le marché il le trouvait très bien. 
A la toussaint 1808 il est allé occuper une maison quil a pris a ferme du sieur Georger qui est située audessous des cimetières près le terrain sur lequel on veut reporter le marché, le sieur Galbrûn s'est imaginé que comme maire de Reugni le marché devoit le suivre et quil lui estois permis de le deplacer pour se procurer de la clientelle a sa boutique". Il termine sa lettre par "si enfin, le Conseil de la comûne de Reugny n'est point appellé dans les affaires de la comune, pourquoi lui avoir nommé un Conseil ; Pourquoi dire qu'elle a un Conseil, ce n'est donc qu'un vain mot. Il faut plutost dire qu'elle n'en a point de Conseil et la laisser gemir sous l'arbitraire du maire et de l'adjoint".
Le 19 janvier, le maire envoie lui aussi une lettre au préfet : "pour me conformer aux lois sur la police municipale, j'ai transferé le marché de Reugny sur la place qui est au bas du cimetière à cinquante ou soixante pas de celle ou il se tenoit habituellement, et qui gesnoit tellement la voie publique que souvent on n'y pouvoit passer à cheval. Cette mesure qui n'a pas été concertée avec le grand-meneur de cette commune l'a determiné à convoquer à mon insçu les membres de la municipalité dans un cabaret pour consentir une pétition dressée en leur nom". Il ajoute, à propos d'une personne qu'il pense être l'auteur de la pétition, qu'il "doit encore se plaindre de ce qu'on a pas été chez luy luy faire la courbette et lui remettre des titres qui ne peuvent exister que dans son [mot illisible]". Il termine sa lettre par : "j'ai cru Monsieur comme n'ayant agi que d'après vos conseils […] dans la nouvelle disposition du Marché, devoir vous prevenir de tout ce qui se trame ici à cette occasion".
Le 14 mars, les conseillers municipaux envoient une pétition au Ministre de l'Intérieur, signée par eux et 22 autres habitants. Ils signalent que cette pétition a été remise le 31 janvier au conseiller du préfet, et que depuis ils n'ont pas reçu de réponse. Ils décrivent ensuite rapidement les faits, et clôturent leur lettre en disant que "beaucoup d'habitants de la commune souffrent et même le public du changement du marché et le mal prend racine".
Le 22 mars, le Ministre de l'Intérieur envoie une lettre au préfet d'Indre et Loire, il y cite les arguments des conseillers, et lui dit que "ces allégations et plusieurs autres énoncées dans ledit mémoire, m'ont paru mériter toute votre attention". Il termine en lui demandant de lui "faire connaître quels sont les motifs réels qui ont pu déterminer le Maire à provoquer le changement dont on se plaint et si ce changement est le résultat d'une simple décision de ce Magistrat ou d'une délibération prise par le conseil municipal".
Le dossier, pourtant très épais et complet, ne contenait pas la fin de cette affaire. Il est possible que le maire ai obtenu raison, car dans une pétition de 1881, il est dit que le marché se tient "depuis un temp immémorial sur la place de l'église". Mais voyons tout d'abord le contexte de cette pétition.
Le 13 novembre 1881, un conseiller municipal "donne lecture d'une pétition signée de plusieurs habitants de la commune tendant à ce que le marché de Reugny ai lieu six mois sur la place de l'église où il se tient ordinairement (du 1er avril au 30 septembre) et six mois où se tient ordinairement la foire (du 1er octobre au 31 mars)." Après le vote, "il résulte que la pétition ci-dessus énoncée est prise en considération". Le 25 novembre, une pétition est envoyée au préfet : "Le Conseil municipal de Reugny, vient de prendre en considération une demande tendant à tranférer sur le carroir du bourg, pendant six mois de l'année, le marché qui se tient depuis un temp immémorial sur la place de l'église, dite place du marché. Les soussignés habitants de Reugny, ont l'honneur de porter à votre connaissance qu'ils proteste contre cette décision pour les motifs ci-après. 1- La place actuelle du marché est la seul, à Reugny, qui soit assez spacieuse pour recevoir les marchands forains ; elle est plantée d'arbre qui leur donne l'ombrage nécessaire pendant l'été ; elle est située entre deux chemin Vicinaux et par conséquent son encombrement ne nuit en aucune façon à la libre circulation sur la voie publique, elle est d'un accès facile, l'administration communale venant de faire exécuter pour près de 3000F de travaux sur le chemin vicinal de Reugny à Monnaie par la Germonerie [route du château d'eau] qui sert de débouché à cette place : elle est même sur le point d'être agrandie et agrementée à la fois un mur de soutenement surmonté d'une grille devant être construit prochainement au sud de ladite place ; enfin les commerçants établie aux abord de cette place n'ont d'autres avantage que ceux que leur procurent le marché. 2- Le carroir ou il est question de transférer le marché pendant six mois est la bifurcation de deux chemins celui de Vouvray à Chateaurenault et celui de Reugny à Monnaie par la Germonerie il n'y a donc pas de place à proprement parler pour recevoir les marchands forains, pas de lieu planté d'arbre et pas d'espace libre pour en planter, aucun encombrement ne peut exister sur ce carroir sans nuire à la libre circulation qui existe sur les chemins de grandes communications n°46 de Vouvray à Chateaurenault et n°5 de Chateau du Loir à Amboise ; de plus ils profitent exclusivement des deux foires et de l'assemblée de Reugny".
On apprend dans une feuille de ce dossier qu'il se tient à Reugny le jour de l'Ascension une assemblée pour location de domestique établie en 1817. De nombreuses signatures suivaient cette lettre, et tout comme l'affaire précédante, on n'a pas la fin. Mais en 1910, il est dit que le marché se tient sur la place de l'Hôtel de ville (ancienne place de l'église), on peut donc penser que la pétition fut lue et approuvée.
Le 13 novembre 1881, le Conseil municipal de Reugny par délibération, a demandé que les deux foires qui se tenaient habituellement le 8 juin et le 29 septembre aient lieu à l'avenir le premier jeudi de juin et le dernier jeudi de septembre. Une enquête est donc menée par la préfecture, et de nombreuses communes sont interrogées sur ce changement. Elles reçurent une lettre présentant la demande du conseil municipal de Reugny, et étaient invitées à donner leur avis avec une justification. Toutes les municipalités accordèrent le changement, à l'exception de celle d'Athée qui "se désintéresse de cette demande". Montreuil justifia par "les considérations du Conseil municipal de Reugny sont des plus justes", Amboise "reconnaissant que le double changement de dates proposé par la commune de Reugny dans la tenue de ses foires n'est pas de nature à nuire à celles d'Amboise et par suite de porter atteinte aux interêts commerciaux de cette ville, emet un avis favorable à cette double demande", Tours "après en avoir déliberé, estime que la demande de la commune de Reugny peut être accueillie favorablement, le changement projeté ne devant avoir pour but que d'avancer ou de reculer de quelques jours seulement les foires tenues en cette localité, afin de les faire concorder avec les jours de marché", les communes de Chargé, Négron, le Boulay, Saunay, Neuillé le Lierre, Rochecorbon, Chançay, Ste-Radégonde, Vernou, Chanceaux sur Choisille, Pocé, Mettray, St-Symphorien, Nazelles...ainsi que toutes les autres communes dans un large rayon autour de Reugny sont favorables à ce changement, le principal argument était qu'il ne portait aucun préjudice à leur commune.
En 1888, la police sanitaire des animaux demande à la mairie de Reugny combien d'animaux en moyenne sont amenés aux foires de la commune. On apprend, grâce à la réponse de la mairie, que pour la foire de juin, on compte environ 30 animaux de race bovine et 40 de race porcine, et pour la foire de septembre, environ 30 de race bovine et 45 de race porcine.
Le 23 janvier 1910, "M. le Maire donne lecture d'une pétition signée de plusieurs habitants de la commune tendant à ce que le marché de Reugny, qui se tient actuellement sur la place de l'Hôtel de ville, soit transféré sur la place de la République, puis il invite l'Assemblée communale à délibérer. Le conseil, après délibérations, décide par 6 voix contre 5 et une abstention que le marché doit être maintenu sur la place de l'Hôtel de ville".
Sources : Archives d'Indre et Loire (8M100).

6 commentaires:

  1. Très intéressant ce passé sur notre village avec le Marché, quant aux deux photos elles sont très belles ! Merci

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  2. Vraiment bravo, pour ton travail de fourmi. Un vrai boulot d'historien.

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  3. Bonjour, je viens de découvrir votre site avec intérêt. De la manière la plus simple qui soit: moteur de recherche.
    Je me suis servi des informations de cet article pour compléter un billet sur les plaques de cocher de Reugny. J'ai d'ailleurs mis un hyperlien vers la page d'accueil de votre site.
    Le travail que vous avez déjà fourni est assez exceptionnel et contribue manifestement au l'enrichissement de l'histoire locale, en fin de compte 'notre histoire'.
    Pour ma part je recense les plaques de cocher en France et si cela vous intéresse vous pouvez consulter, et l'article concernant Reugny
    http://plaquedecocher.over-blog.com/article-indre-et-loire-123052132.html
    et l'ensemble du site avec également une partie historique.
    Bien cordialement
    Patrick Rollet

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    1. Merci beaucoup pour le commentaire et le lien !
      Pour tout vous dire, j'ignorais que ces plaques s'appelaient "plaques de cocher" !

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