lundi 28 novembre 2016

L'Armorial d'Hozier, un aperçu de la société en 1700

L'Armorial général de France est né d'un édit de Louis XIV pris en 1696. Il avait pour but de répertorier toutes les personnes et communautés possédant un blason, et de leur appliquer une taxation. Le port du blason était jusqu'à cette date libre, tout le monde pouvait en avoir un, qu'il soit noble ou pas. L'édit de 1696 crée un impôt pour la possession d'un blason, ce afin de réduire la dette de l'Etat. Chaque blason enregistré coûtait 20 livres à son possesseur. Les blasons sont répertoriés dans 35 volumes d'environ 600 pages chacun, sous la direction de Charles René d'Hozier (d'où son autre nom d'Armorial d'Hozier). 
Extrait du volume XXXIII, consacré à la généralité de Tours
Cet armorial présente un intérêt majeur, mais son utilisation n'est pas aisée car il faut savoir précisément ce que l'on cherche. Certains blasons peuvent être trouvés grâce aux sommaires, mais d'autres ne peuvent l'être qu'en consultant intégralement le ou les volumes consacrés à une généralité, page par page. Ceci peut expliquer pourquoi cet outil n'est quasiment jamais utilisé lors de recherches concernant l'histoire d'une localité.

Tout d'abord, je me suis attelé à une lecture survolée des deux volumes consacrés à Tours (soit 1188 pages). À noter que la généralité de Tours comprenait les départements actuels de l'Indre-et-Loire, du Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Sarthe, et le nord de la Vienne. Le premier volume n'a rien livré concernant Reugny ou Neuillé. Le deuxième est plus intéressant, mais il a également fallu piocher dans les volumes de Paris et de la Normandie pour retrouver les acteurs de cette époque.


"Le Prieuré de Neuilly" : Le blason n'est pas attribué à une personne en particulier, mais au prieuré en tant que personne morale. À cette époque, Bonnette et Moreau sont prieurs curés de l'église. Ils s'effacent derrière le blason de leur prieuré. S'il en est le plus souvent ainsi pour les prieurés, il n'en va pas de même pour les églises paroissiales, où la personnalité du curé est plus marquée. À Neuillé, c'est de cette époque que datent les stalles en bois disposées dans le choeur de l'église, où siégeaient les prieurs du prieuré. Dans la nuit du 3 au 4 août 1706, le prieuré est incendié par un habitant mécontent de la saisie de son blé par les prieurs. Après cet incendie les prieurs furent logés dans le bâtiment surplombant la Brenne, quelques mètres derrière l'église.
  

"Pierre Lheritier, Prêtre Curé de la paroisse de Reugny" : Blason pour le moins étonnant, qui laisse présumer de la joie de vivre qui devait se dégager du personnage ! On se souviendra que le curé Lhéritier nous a permis de nous imprégner de l'atmosphère qui régnait au village grâce à sa tendance à prendre le registre paroissial pour un journal intime (pour rappel, relire l'article Les aventures du curé Lhéritier). La réalisation d'un blason étant laissé au libre choix de celui qui le porte, le choix d'un crâne et de larmes ne peut que montrer le caractère très pieux du curé de Reugny. Celui-ci contraste fortement avec la sobriété du blason du prieuré de Neuillé, ou plus généralement avec les autres curés présents, qui ont le plus souvent opté pour une croix ou une Vierge à l'Enfant...

"Françoise de Berziau, femme d'Anne de la Bonninière, chevalier seigneur d'Argouges" : Ce blason est la preuve qu'il faut savoir ce que l'on cherche dans l'Armorial d'Hozier, le nom de la commune n'étant pas précisé dans la description. Les seigneurs des Argouges faisaient partie de la petite noblesse locale, ils doivent acheter cette terre aux seigneurs de la Vallière au milieu du XVIIe siècle. Le domaine ressemblait plus à une ferme qu'à un château, c'est sans doute pourquoi les seigneurs de la Vallière leur ont cédé sans crainte d'être éclipsés. Le fait que ce ne soit pas le blason du seigneur qui est représenté mais celui de sa femme est assez surprenant. Peut-être que Mme de Berziau a été chargée par son mari d'aller faire enregistrer ses armories, et qu'elle a choisi de présenter les siennes et non celles de son mari.

"Dreux de Rousselet, Marquis de Château-regnault" : La paroisse de Neuillé-le-Lierre dépendait du marquisat de Château-Renault, dont le seigneur en 1700 était Dreux de Rousselet. Il meurt en 1704 à la bataille navale de Malaga, "la cuisse coupée aussi haut qu'il est possible". Il était sous le commandement de son oncle, François-Louis Rousselet, maréchal de France, dont le fils François-Louis-Ignace est aussi tué lors de cette bataille. Il est fort probable que les marquis de Château-Renault, de par leurs hautes responsabilités dans le royaume, se soient très peu intéressés de ce qu'il se passait sur leur domaine (ils rechignèrent pendant tout le XVIIe et le XVIIIe siècle à réparer le pont sur la Brenne, qui fut finalement reconstruit par les habitants de Neuillé eux-mêmes). 





"Gilles Guichard, Conseiller du Roy, maire perpétuel de la ville d'Amboise" : On note l'absence du blason de la famille d'Amboise, qui étaient alors seigneurs de Bourot, de Neuillé, et du Clos-Lucé. À cette époque Gilles-Antoine d'Amboise était seigneur de Neuillé. Il épouse en 1700 Pauline Guichard, fille du maire perpétuel d'Amboise. Le blason de ce dernier étant bien enregistré, peut-être que Gilles-Antoine préférait utiliser le blason de son beau-père plutôt que de payer l'enregistrement du sien... La famille d'Amboise s'éteint quelques décennies plus tard faute de descendants masculins.


"Gabrielle Glé, comtesse de la Costardays et de Becheret, veuve de Jean-François de la Baume le Blanc, Chevalier marquis de la Vallière, Gouverneur et Lieutenant général pour le roy de la province de Bourbonnais" : Jean-François est le frère de Louise de la Vallière, il se marie à Gabrielle en 1663 et meurt en 1676. Le blason de cette dernière, d'or à cinq rats de gueules, est accolé au blason des seigneurs de la Vallière. Rat se disait "glé", c'est pourquoi la famille Glé porte des rats sur son blason. Le blason est enregistré à Paris, les seigneurs de la Vallière ne faisant que de rapides séjours à Reugny au XVIIIe siècle.
"Jacques du Bois, écuyer seigneur de Launay" : Ce blason est enregistré dans le volume consacré à la généralité de Caen, les Dubois (ou du Bois) venant bien de Normandie. Les plaintes du curé Lhéritier débutent en 1700, et en 1701 Dubois acquiert les droits honorifiques de l'église de Reugny (par provocation ?). Il est bien cité en tant que seigneur de Launay dans l'armorial, mais peut-être n'est-il arrivé en Touraine que quelques années plus tôt. En juillet 1713, le jour de la saint Jacques, un coup de canon tiré en l'honneur de sa femme au château de la Vallière lui emporte une partie du ventre. Il en meurt 35 jours plus tard, pour le plus grand plaisir du curé, qui écrit que "Despuis ce tems on a vu régner dans la paroisse une paix profonde et on peut dire que dans toute la province il ne s'est pas trouvé une personne qui l'ait regretté".




De cet armorial il apparaît que les deux villages sont surtout marqués par l'absence des seigneurs de la Vallière, qui passent le plus clair de leur temps à Paris. La religion occupe une place importante, ce sont le curé et les prieurs qui dirigent leur paroisse, et qui rythment la vie des habitants. Quelques notables tentent de profiter de l'absence des seigneurs du village, mais ils ne peuvent qu'essayer de se rapprocher de ces derniers.

Sources :
Volumes reliés du cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l'édit de 1696, par Charles d'Hozier, 1697-1709 (en ligne sur Gallica) :
- Volume XX, Normandie, Caen, p. 145.
- Volume XXIV, Paris II, p. 1887.
- Volume XXXIV, Tours II, pp. 890, 892, 894, 1145.
Mémoires du marquis de Villette, publiés pour la Société de l'histoire de France par M. Monmerqué, Paris, J. Renouard, 1844.

vendredi 30 septembre 2016

Installation de panneaux explicatifs sur l'histoire de l'église de Reugny

Depuis quelques jours des panneaux sont accrochés aux quatre coins de l'église afin d'expliquer son histoire, et à travers elle l'histoire du village. Sept panneaux sont à découvrir, traitant chacun d'une thématique historique : l'église romane, les travaux des différents seigneurs de Reugny, Louise de la Vallière, les travaux de 1889...
La chapelle de la Côte, construite par les seigneurs de Boissé
Ces panneaux ont pu voir le jour grâce à Axelle Tréhin, maire de Reugny, qui a encouragé ma proposition pour mettre en valeur l'église. Ce n'est qu'un début dans la valorisation de ce patrimoine, mais ils devraient permettre d'aider à voir l'église comme un petit musée gratuit, témoin essentiel de l'histoire du village depuis 1000 ans. Donc, si vous ne savez pas quoi faire à Reugny, allez visiter l'église !
Description de la voûte peinte réalisée par les seigneurs de la Vallière

lundi 5 septembre 2016

Relations politiques et artistiques en val de Loire dans la première moitié du XVIe siècle, l'exemple des La Rue de la Côte

Au cœur de la Renaissance tourangelle, Jean et Marc de la Rue, seigneurs de la Côte, à Reugny, sont extrêmement représentatifs des seigneurs de la région à cette époque, humanistes, sensibles à l'art, cherchant l'ascension sociale et voulant légitimer cette ascension face à la noblesse ancienne. À travers eux nous pouvons avoir une idée de ce qui avait lieu dans la plupart des seigneuries du val de Loire dans la première moitié du XVIe siècle.

Jean de la Rue est propriétaire de la Côte jusqu'à sa mort en 1506. Sa veuve Perrine le Fuzelier hérite et transmet la terre à leur fils Marc, qui est toujours vivant et seigneur de la Côte en 1568. Ce sont eux qui vont réaliser les principaux aménagements du château.
Le château de la Côte
En 1492 Jean de la Rue est nommé secrétaire de la Chambre des comptes de Bretagne par Charles VIII. Il occupe toujours son poste en 1505, il se dit alors âgé de quarante ans (ce qui permet de déterminer son année de naissance vers 1465). Il meurt peu après. Il est accompagné de Guillaume de Beaune qui obtient le poste de maître de la Chambre des comptes (fils de Jacques de Beaune, surintendant des finances sous François 1er et condamné à la pendaison par le même roi en 1527, à 62 ans). 

Jacques de Beaune fait construire le château de Semblançay et le château de la Carte à Ballan-Miré. Il commande au peintre Jean Bourdichon la réalisation des vitraux de la Carte et de l'église de Ballan. Les deux vitraux du chevet de l'église de Semblançay, représentant Jacques de Beaune et saint Jacques, et Jeanne de Ruzé et saint Jean-Baptiste, sont peut-être du même artiste. Jacques de Beaune fait également construire la galerie et l'hôtel de Beaune-Semblançay à Tours, un des premiers hôtels de style Renaissance, et un des rares dont on peut encore voir des vestiges (avec l'hôtel Gouin). Enfin c'est toujours à la famille de Beaune que l'on doit la fontaine publique aujourd'hui installée face à la façade de l'hôtel, dernière fontaine Renaissance encore existante de la ville de Tours.
Eglise de Semblançay, Jacques de Beaune et son saint-patron
Tour d'angle du château de la Côte




De même Jean de la Rue se fait construire un château pour affirmer son statut. Il y avait peut-être déjà un château à cet emplacement, mais les sources ne sont pas assez précises et il n'en reste aucun vestige. Il fait construire le corps de logis sud entre 1500 et 1510, et certainement aussi la terrasse, les murs et les petites tours aux angles du jardin. Ces tours n'avaient pas une fonction défensive, elles permettaient au seigneur de donner à son château un aspect plus médiéval, symbolisant la puissance seigneuriale. Elles permettaient ainsi aux familles "arrivistes" de la Renaissance de se créer une origine médiévale face aux grandes familles anciennes qui elles n'avaient plus besoin de prouver leur ancienneté.



Vers 1500 il fait construire la façade ouest de l'église Notre-Dame-de-l'Escrignole, près du chevet de la basilique Saint-Martin de Tours, dont dépendait l'hôtel familial.





Thomas Bohier épouse Catherine Briçonnet, nièce de l'archevêque de Tours. Ils font reconstruire le château de Chenonceau de 1513 à 1517, et achètent des seigneuries à Nazelles et Saint-Martin-le-Beau notamment. Ils suivent la même logique que les de la Rue en conservant une tour de l'ancien château-fort des Marques (ce qui leur évite de construire un faux mur d'enceinte avec des tours neuves). La conservation de cette tour, ainsi que des piles de l'ancien moulin sur lesquelles ils construisent leur château, obéit donc à une logique symbolique et économique. À cela s'ajoute le décor renaissance, qui fait une de ses premières entrées en France par le val de Loire.
Le château de Chenonceau (photo prise le 4 juin 2016 pendant la crue du Cher)
Marc de la Rue perdant son père alors qu'il est relativement jeune, c'est certainement sa mère Perrine le Fuzelier qui se charge de son éducation. Il était probablement fils unique car on ne connaît pas d'autre membre de cette famille. Sa mère est citée avec Marc en 1555 sur l'inscription commémorative de leurs fondations de messes et donations à l'église de Reugny, mais elle décède en 1535.

Après le désastre de Pavie en 1525, de nombreuses personnalités du royaume (dont le roi lui-même) sont faites prisonnières. Parmi celles-ci, Jean le Breton, Philibert Babou de la Bourdaisière, et Marc de la Rue. Le seigneur de la Côte était argentier de François 1er lors de sa capture, de même que la plupart de ses codétenus.

Marc de la Rue est nommé maître de la même Chambre des comptes de Bretagne en 1526. Dominique Le Page [Finances et Politique en Bretagne, voir bibliographie en bas de page] précise qu'à ce moment "il est sous le coup d’une suspension pour sa charge d’argentier du roi. Cette nomination constitue donc pour lui une solution de rattrapage. En le laissant prendre cette charge – sans entrer dans l’évocation des protections dont il pouvait bénéficier –, le pouvoir pouvait ainsi garder prise sur lui, son office pouvant servir le cas échéant de valeur sur laquelle obtenir paiement de ce qu’il devait. Il pouvait aussi être un moyen pour l’inciter à faire preuve de zèle. Il a été rétabli dans sa charge d’argentier en 1528, mais il ne semble pas l’avoir exercée par la suite." Son taux de présence en Bretagne à la Chambre des comptes est très faible, parfois une seule apparition dans l'année. Il fait partie de plusieurs commissions à la Chambre des comptes entre 1537 et 1541. En octobre 1559, Marc de la Rue est dit seigneur de la Couste (la Côte), de la Morellerie et de la Barengerie, Malicorne et du fief de Rochecorbon.

En 1535, alors qu'il est maire de Tours, Marc fait construire la chapelle de la Miséricorde dans l'église paroissiale Notre-Dame-de-l'Escrignole. Il en subsiste un bas-relief des années 1540, trouvé dans une cave à l'emplacement de l'église en 1849. Il montre Marc de la Rue et sa famille (sa femme et leurs quatre enfants ?), en habits de pèlerins, agenouillés devant le christ qui les bénit. Les visages sont martelés par les Protestants en 1562. Il est visible à l'intérieur de la basilique actuelle.
Bas-relief de la famille de la Rue, basilique Saint-Martin de Tours
Au XVIe siècle la pratique devient courante de se faire représenter auprès des saints personnages. Dans une autre mesure, la famille Babou de la Bourdaisière, de laquelle est issu Philibert (qui avait précédé Marc de la Rue à la mairie de Tours en 1520 et était retenu prisonnier avec lui en Italie), se fait représenter à taille humaine dans un groupe sculpté en tuffeau représentant la mise au tombeau du christ. Les personnages bibliques prennent les traits des membres de la famille Babou. Le groupe est aujourd'hui visible dans l'église Saint-Denis d'Amboise. Philibert marque un stade supérieur dans le mécénat artistique par rapport à Marc : il se construit le château de la Bourdaisière à Montlouis-sur-Loire, l'hôtel de la Bourdaisière place Foire-le-Roi à Tours, il installe un atelier de tapisseries et de soieries dans l'hôtel de la Petite-Bourdaisière, il prend possession pour le roi du château de Chenonceau en 1535 et en devient l'intendant (Thomas Bohier, mort en Italie en 1524, étant accusé de malversations financières lorsqu'il était argentier du roi, son fils est contraint de céder le domaine à François 1er)... et il se fait donc représenter en taille humaine dans la peau d'un saint personnage alors que Marc de la Rue se contentera d'un bas-relief plus discret.
La famille Babou ensevelissant le chrit, église Saint-Denis d'Amboise
Marc est beau-frère de Jean le Breton, qui construit le château de Villesavin vers 1527 (alors qu'il est chargé de la surveillance de la construction de Chambord) et reconstruit celui de Villandry en 1532. À Villandry il conserve le donjon médiéval (tout comme Thomas Bohier avait conservé une tour de Chenonceau, et Jean de la Rue en avait construites de nouvelles à la Côte) et crée un ensemble régulier autour d'une cour et au milieu d'un jardin.
Le château de Villandry
C'est par ces fréquentations de seigneurs bâtisseurs que Marc de la Rue a dû être influencé pour le décor et l'agrandissement de son château de la Côte. Il ajoute de grandes lucarnes sur le logis de son père et le complète par plusieurs ailes de chaque côté. La charpente de cette partie est datée par dendrochronologie de 1528, donc en même temps que Villesavin et Chambord. Il est donc fort probable que les artisans surveillés par Jean le Breton aient aussi travaillé au château de la Côte.
Le château de la Côte, avec les lucarnes ajoutées par Marc de la Rue sur l'aile construite par son père vingt ans plus tôt.
De l'autre côté de la vallée de la Brenne, presque en face du château de la Côte, Jean Binet fait construire en 1524 le château de Valmer. Maire de Tours en 1524, maître d'hôtel du roi de Navarre, Jean Binet est le fils de Macé Binet et Marie de Briçonnet, elle-même fille de Jean Briçonnet et Catherine de Beaune (on retrouve ici les grandes familles précédemment citées). Le château de Valmer ayant aujourd'hui disparu, le château de la Côte nous permet d'imager son aspect à la Renaissance. Les deux châteaux sont donc construits en même temps, mais il est impossible de savoir lequel a influencé l'autre. La ressemblance est d'autant plus frappante qu'ils sont aménagés de la même manière, sur une terrasse, au bord du coteau et surplombant des jardins et la vallée. C'est la même chose à Villandry, où le château est aussi accolé au coteau, ce qui permet de créer des dépendances troglodytes, moins coûteuses à réaliser que de réelles constructions bâties.
Aquarelle de 1695 conservée à Valmer,  montrant le château avant les restaurations du XIXe siècle et l'incendie de 1948.
Marc de la Rue fait également construire la chapelle à l'extrémité de la terrasse et la dote d'un vitrail historié. Les clés de voûte de la chapelle sont à ses armes et à celles de sa mère. Le vitrail a peut-être été réalisé d'après les dessins d'un artiste tourangeau de l'époque. Il est d'une grande précision, et présente des ressemblances avec certains vitraux de l'église de Monnaie. Ils doivent donc avoir été réalisés par le même atelier. Il s'agit d'une chapelle privée, donc Marc n'a pas trouvé nécessaire de se faire représenter directement dans le vitrail, comme Jacques de Beaune dans l'église de Semblançay.
Détail de la crucifixion de la chapelle de la Côte
Enfin, on peut noter que la fille de Marc, Anne de la Rue, est mariée à André Blondel (ou Blondet) de Rocquencourt, originaire de Lyon. Il est nommé contrôleur général des finances en 1554 et meurt en 1558. Le couple n'a pas eu d'enfants. Sa veuve commande son monument funéraire par un marché passé le 13 janvier 1560 auprès du sculpteur Jean Goujon. Il est installé au couvent des Filles Repenties à Paris. De ce monument il subsiste une plaque en bronze, conservée au Département des Sculptures du Musée du Louvre, représentant le personnage torse nu entouré de ses habits militaires, dans une position assez complexe caractéristique du maniérisme. Jean Goujon est considéré comme l'un des artistes majeurs de la Renaissance. Proche du roi bien que protestant (il devra tout de même quitter Paris et la cour en 1562), il est notamment l'auteur de la fontaine des Innocents et des sculptures de l'aile Lescot du Louvre (façade et cariatides de la salle des cariatides).
Jean Goujon, bas-relief du tombeau d'André Blondel de Rocquencourt
(Photo © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / René Gabriel Ojéda).
La mort d'André Blondel de Rocquencourt a également marqué Ronsard, qui écrit :

Or toutefois conformer il nous faut 
Au saint vouloir du grand Dieu de là-haut, 
Qui des mortels à son vouloir dispose 
Et pour le mieux ordonne toute chose. 
Lequel a pris en sa céleste cour 
André Blondel, seigneur de Rocquencourt, 
Et l'a tiré de cette fange humaine
Pour lui donner demeure plus certaine, 
Où loin d'ennuis et de soins langoureux, 
Vit très heureux entre les bienheureux! 

Car bien qu'il fût grand trésorier de France, 
Bien qu'à l'époque il eût toute puissance, 
Qu'il fut courtois, gracieux et gentil, 
D'un esprit vif, vigilant et subtil, 
Qu'il fut ami des belles Piérides, 
De leurs rochers, des sources Aonides, 
Bon serviteur des princes et des rois, 
Si fût-il né pour mourir quelquefois 
Et pour changer ce misérable monde 
Pour être au ciel où tout plaisir abonde.

Bien que le couple De la Rue - Blondel de Rocquencourt ne soit pas propriétaire de la Côte, il montre parfaitement sa proximité avec le milieu artistique et littéraire. À la mort de son époux, Anne de la Rue se tourne vers l'un des sculpteurs majeurs de ce milieu du XVIe siècle alors que Ronsard se charge de son épitaphe. Il est difficile de savoir ce qui relève du goût et ce qui relève de la pure ambition sociale, mais se tourner vers un artiste comme Jean Goujon est bien une marque de l'importance des relations entre les personnes au pouvoir et les artistes. Ce choix a pu être influencé par l'éducation d'Anne de la Rue dans un milieu très lié à l'art comme marque d'ascension sociale.

Bibliographie :
Jacques Pernetti, Recherches pour servir à l'usage de Lyon, ou les Lyonnois dignes de mémoire, Chez les frères Duplain, libraires, 1757, conservé à l'université de Gand (consultable en ligne sur Google Livres).
Louis Guibert, Rocquencourt : ses origines, ses différents seigneurs, son histoire, Impr. de Cerf (Versailles), 1896, BNF (consultable sur Gallica).
Pierre Leveel, Histoire de Touraine et d'Indre-et-Loire, C.L.D., 1988.
Sylvie Le Clech-Charton. Les notaires et secrétaires du roi et la commande artistique officielle : service du roi, des grands et de la ville. Bibliothèque de l'école des chartes. 1988, tome 146, livraison 2. pp. 307-335.
Dominique Le Page, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes 1491-1547 : étude d'un processus d'intégration au royaume de France. Troisième partie, Le personnel des finances face à l'intégration : mutations et origines. Chapitre VIII : Les origines du personnel ou Français et Bretons dans l'administration financière. Documentation française, 1997.
Cyrielle Vigie, Etude architecturale et distributive du manoir de la Côte, Reugny (37), Mémoire de Master 1 d'Histoire de l'art, préparé sous la direction de Alain Salamagne, Juin 2013.

Archives :
Coutumes du duché et bailliage de Touraine, publié en 1561, conservé à la Bibliothèque nationale de Naples (consultable en ligne sur Google Livres).

Pour voir tous les articles concernant le château de la Côte, cliquez ici.

mardi 31 mai 2016

Reugny : Le château de Boissay

Aujourd'hui simple ferme au bord d'un affluent de la Brenne à la frontière entre Neuillé et Reugny, Boissé (le plus souvent écrit Boissay) était pourtant l'un des châteaux majeurs de la vallée. Nous n'avons quasiment aucune information sur Boissé au Moyen-Âge, sinon quelques noms : Guido de Boissay est seigneur de Boissé en 1101, Haliquan de Bourot en 1372, et Louis de Lavardin en 1440.

En 1501, François de Lavardin est seigneur de Boissé. C'est certainement lui qui fait reconstruire le château, dont les vestiges encore visibles sont datables du premier tiers du XVIe siècle. 
La chapelle est troglodytique, mais peut-être qu'il s'agissait à l'origine d'un commun mis en valeur par une entrée décorée.
Le linteau mouluré est surmonté par une coquille Saint-Jacques (motif typique de la Renaissance) entourée d'un décor sculpté aux formes arrondies, montrant une synthèse entre les gâbles gothiques et le nouveau vocabulaire ornemental de la Renaissance.
À l'intérieur, une niche est ornée d'une autre coquille.
La salle est voûtée en plein cintre.
Elle conserve quelques traces de polychromie (ou de moisissure...).
Une autre coquille est visible sous les restes d'un ancien escalier.
Les nombreuses caves peuvent également dater de cette époque.
Enfin Boissé a la particularité d'avoir conservé sa glacière.

Après les Lavardin, le château de Boissé voit une succession de différents seigneurs.
En 1559, Paul Turpin de Crissé est cité comme seigneur de Trogues, Boisay, la Turbalière (aujourd'hui la Tourballière, manoir situé sur la commune de La Celle-Saint-Avant) et de Monthoiron (village de la Vienne).
En 1603, Le fief de Boissé est érigé en châtellenie en faveur de Claude de Préaux.
En 1619 il appartient à Gilles de Préaux.

En 1633, Jean le Blanc, seigneur de la Vallière en devient propriétaire.
Antérieurement à cette vente, il s'était élevé, entre les seigneurs de la Vallière et de Boissay, une contestation qui avait pour objet les honneurs (encensement) auxquels chacun d'eux prétendaient dans l'église de Reugny. Par ordre de la reine, de Monsieur, frère du roi, et du cardinal de Richelieu, les ducs de Montbazon et de Vendôme, l'archevêque de Tours et le prince de Condé s'entremirent pour concilier les deux rivaux, et la vente de la terre de Boissay au seigneur de la Vallière fut le prix de cet accord.
En 1634, Jean de Préaux obtient une sentence favorable en remboursant le prix des terres, mais le seigneur de la Vallière fait appel au Parlement le 23 avril 1635, et le seigneur de Boissé est débouté de sa demande.

En 1650, le fief est réuni à la Vallière sous le titre de châtellenie de la Vallière.

En 1680, le château de Boissé est détruit par le seigneur de la Vallière.

1736 : "Fief de Boissay, consistant dans un chateau en ruine, lequel a este demolly depuis longtemps, et dont les materieaux onts servie aux réparations des moullins et metairie. Il reste apresant la maison du metaier, deux petittes granges, deux estables et une ecurie [voir plus bas], cavve, cours et jardins et une fuye a pigons dans laquelle il n'y en a aucuns [détruite depuis]".

Vers 1790 : "Les bâtiments de cette métairie consistent en deux chambres à cheminées dans l'une desquelles est un four. 
Greniers sur lesdites chambres, ensuite desdites chambres côté du midi, trois écuries et deux touts à porcs, greniers sur lesdites écuries... 
Au nord desdites chambres une grange qui en est séparée par un ravin [détruite, sauf un pan de mur, et le bout d'un autre. Le ravin passait sous la grange]
Au levant desdits bâtiments une autre grange et une écurie à côté...
Tous les murs des bâtiments de cette métairie sont construits en moellons et pierres de tailles et couverts en thuilles."

Sources : 
Bulletins de la société archéologique de Touraine (1899 et 1901).
Archives départementales d'Indre et Loire (65J7 - 65J17 - 65J18 - 65J50).
G. Braux, Louise de la Vallière, de sa Touraine natale au Carmel de Paris, C.L.D., Paris, 1981.
Coutumes du duché et bailliage de Touraine, publié en 1561, conservé à la Bibliothèque nationale de Naples (consultable en ligne sur Google Livres).

Vous pouvez trouver à ce lien l'histoire de Boissé au XIXe siècle.

samedi 16 avril 2016

Appel à témoins : "Les roms à Reugny en 1957-1958"

Mme Mireille Leterrier, nièce de Claude et Simone Faucheux, m'a contacté pour avoir des renseignements sur un passage de roms à Reugny pendant l'été 1957 ou 1958 :

"Cet été-là, la mairie de Reugny avait accepté d'accueillir près de la rivière un camp de romanichels. Ils s'apprêtaient à quitter la France pour les US où une association (évangéliste je crois) leur procurait voitures motorisées, mais avec aussi interdiction de continuer leur ancienne vie nomade. Je suis en train d'écrire sur cette époque, et notamment sur ce séjour à Reugny.


Mon frère François à l'époque avait quinze ans. On ne l'a guère vu cet été là, il passait ses journées avec ses amis roms. Ceux-ci étaient vanniers, ils tissaient des paniers, leurs roulottes étaient tirées par des chevaux. Ils marchaient pieds nus, et je me souviens de l'épaisseur de la corne sous leurs pieds - qui leur faisait comme une semelle.
Ma mère a donné beaucoup de vêtements aux femmes, qui du reste, ne la lâchaient pas! l'une un jour, tirait sur sa chemise de nuit et la  lui réclamait - elle devait accoucher,et la voulait pour aller à l’hôpital . Ma tante Faucheux, infirmière à Château Renault, a dit à ma mère de ne pas céder ! (L'hôpital ne laisse pas les patients sans vêtements de séjour).
De guerre lasse, ce jour-là, ma mère leur avait donné ma poupée. 
Le dernier soir avant notre retour vers Paris, les roms nous ont invités à leur camp, comme si nous étions des leurs, mon frère est arrivée avec la bande, je me souviens d'un cheval blanc monté à cru, crinière au vent... comme dans le livre de Dothel. Un feu de camp, et dans la roulotte, j'ai aperçu ma poupée pendue par les cheveux, sans vêtements. J'avais trois ou quatre ans, mes souvenirs restent vifs mais ils ne sont que des flashs dispersés."

Si jamais vous pouvez apporter de nouvelles informations à Mme Leterrier, n'hésitez pas à me contacter pour que je vous mette en contact !

mardi 19 janvier 2016

La Seconde Guerre Mondiale à Reugny et Neuillé

Le 16 juin 1940, à Reugny, "des avions ennemis ont jeté 4 bombes dont une a démoli partiellement le mur du cimetière". Le même jour il est signalé que les avions allemands bombardent le haut de la rue Nationale à Tours.

Suite aux bombardements de tous les ponts sur la Loire le 18 juin, la ligne Tours-Sargé est ainsi coupée. Le jour même, le conseil municipal "décide la réquisition de marchandises en gare de Reugny, pour le ravitaillement de la population civile, et sur le point d'être pillée par certains éléments. Mr. le Président expose que la répartition sera faite parmi la population civile."

Une croix est élevée en 1940 sur la route d'Amboise. Il y est gravé "DEO GRATIAS" (= "Rendons grâce à Dieu"). D'après certains témoignages, elle aurait été élevée par une fervente pétainiste du village.

À Reugny, en février 1941, la Place de Verdun est renommée "Place du Maréchal Pétain".
À Neuillé, le 26 décembre 1941, "suivant le désir exprimé par Le Maréchal, il y a lieu de réunir les enfants autour d'un arbre de Noël". Des jouets et une collation leur seront offerts. Ces faits prouvent la popularité de Pétain au début de la guerre.

Les Archives départementales d'Indre-et-Loire (côte 10W65/012) conservent un tract trouvé à Reugny le 8 janvier 1942 vers 6h. La première partie du tract affirme la progression des forces aériennes britanniques. En 1941, les Anglais ont autant d’avions que les Allemands. En 1942, ils pensent les surpasser. « En 1942, nous serons parvenus à la supériorité sur la Luftwaffe de Goering. » La seconde partie du tract s’oppose à la propagande de Vichy qui présentait les Anglais comme des traîtres en assurant les français de l’amitié du peuple britannique. Les Français doivent compter sur les Anglais. « Comptez sur nous comme nous comptons sur vous. »

Les parents de Mme Roger étaient gardes-barrière dans le bourg de Reugny. Elle raconte qu'il passait jusqu'à vingt trains allemands par jour, transportant troupes et matériel. Ils exigeaient une permanence 24h sur 24 et ne supportaient pas d'attendre.
Un jour, un train contenant de la nourriture s'était arrêté en gare de Reugny, et le frère de Mme Roger tenta de dérober quelque chose à manger dans l'un des wagons. Il fut surpris par un soldat allemand qui lui mis un revolver sur la tempe. C'est l'intervention de M. Schot, parlant couramment allemand, qui permis de sauver son frère.
Un autre jour, en été, un train de blessés s'arrêta à Reugny, et les allemands exigèrent que son frère pompe de l'eau pendant des heures, et la distribue aux blessés.
Mme Roger raconte également que les allemands venaient régulièrement cuisiner et manger dans la maisons de ses parents, et qu'ils faisaient sortir tout le monde jusqu'à leur départ. Un jour, un soldat l'a prise sur ses genoux, ce qui effraya sa mère, mais ce n'était qu'un geste de sympathie.

Mme Ferrand raconte que ses parents tenaient le café des sports, devenu ensuite la Crémaillère. Des officiers allemands réquisitionnaient fréquemment des chambres par l’intermédiaire de M. Schot qui les réglaient ensuite.

Le 5 août 1944, le P38 Lightning du Major Lawrence Herrick explose dans les airs après avoir mitraillé un train vers la gare de Crotelles. Ce fait est entièrement relaté dans l'article : Le crash du Major Herrick et ses conséquences sur Reugny.
Sources : Mairie de Reugny et de Neuillé (registres de délibérations), témoignages.

samedi 19 décembre 2015

Vous cherchez le cadeau de Noël idéal ?

Un an après la publication de L'Histoire de Reugny et Neuillé-le-Lierre, le nombre d'exemplaires imprimés a atteint les 400... soit bien plus que ce qui était prévu à l'origine !

Si vous cherchez des idées de cadeaux de Noël, voici les lieux où vous pouvez vous procurer le livre :
- Dans les bibliothèques de Reugny et Neuillé-le-Lierre
- À la boutique des Jardins de Valmer
- Au Centre Culturel E. Leclerc d'Amboise
- À la librairie Denis rue de la Scellerie à Tours
- À la libraire la Boîte à Livres rue Nationale à Tours
- À la Maison de la presse de Château-Renault
Ou bien directement en passant par moi pendant la première semaine des vacances.

Bonnes fêtes à tous !

lundi 5 octobre 2015

La Marquise de Rougé et ses fils, par Vigée Le Brun : La propriétaire de la Vallière à Washington ?

La semaine dernière, alors que je visitais l'exposition consacrée au peintre Elisabeth Louise Vigée Le Brun au Grand Palais, mon regard a instinctivement butté sur le cartel d'un tableau qui représentait une ancienne propriétaire du château de la Vallière : la Marquise de Rougé.
Ce tableau a été peint en 1787, il est conservé à la National Gallery of Art de Washington D.C. et représente la marquise de Pezay, née Caroline de Murat, et la marquise de Rougé, née Victurnienne Delphine Nathalie de Rochecouart, accompagnée de ses fils Alexis Bonabes Louis Victurnien et Adrien Gabriel Victurnien. La marquise de Rougé que nous connaissons est propriétaire du château de la Vallière de 1841 à sa mort en 1866.

La marquise du tableau est née à Paris le 24 janvier 1759. Elle épouse le marquis de Rougé en 1777 et décède en 1828. Leur fils Alexis Bonabes, qui est représenté enlaçant tendrement sa mère, naît en 1778 (il a donc 9 ans lorsque Vigée Le Brun réalise son portrait). Il épouse en 1804 Alexandrine de Crussol d'Uzès, qui devient donc marquise de Rougé. C'est sa mère, la duchesse d'Uzès, qui est propriétaire du château de la Vallière. Alexis Bonabes, le mari d'Alexandrine, décède en 1838, et en 1841 c'est au tour de sa mère la duchesse d'Uzès, qui lui lègue le château.
Ce ne sont donc pas des propriétaires de la Vallière qui sont ici représentés, mais ceux qui deviendront belle-mère et mari d'une future propriétaire du château. Si Alexandrine n'était pas encore propriétaire de la Vallière de leur vivant, il est très probable que ces deux personnages soient venus à Reugny rendre visite à la duchesse d'Uzès, mère d'Alexandrine. C'est le petit-fils d'Alexandrine et d'Alexis Bonabes, Jean de Rougé, qui hérite du château en 1866. Il le vend en 1872, devenant ainsi le dernier descendant de Laurent le Blanc, qui avait acheté le domaine en 1542, à habiter le château.

dimanche 6 septembre 2015

Neuillé : Le Moulin du Grand-Villiers

En 1536, les moulins de Villiers appartenaient à Jean Loiseau
En 1657, le moulin du Grand-Villiers était la propriété des religieuses de Fontaines-les-Blanches (Autrèche). Il avait une chute d'eau de 1m.

En 1753, Jacques Galbrun, maître serger à Reugny, fait couper un taillis de trois arpents dont il se croyait propriétaire près de son bordage des Ormeaux (ferme détruite à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe, voir carte associée). Dans la nuit, Urbain Deshayes, fermier à vie du moulin à foulon du Grands-Villiers, fait enlever les fagots et les perches se trouvant sur ce terrain. Galbrun démarre une procédure afin que Deshayes les lui restitue, mais les religieux de Fontaines-les-Blanches interviennent en tant que vrais possesseurs du bois (dont Deshayes peut donc user librement).

Plan de bornage de novembre 1787 permettant de situer les terres dépendant du Grand-Villiers de celles dépendant de la Gloisière. La proximité de ces fermes et moulins semble bien être une source de problème au sujet de la possession des terres.

En 1765 et en 1788, "les bâtiments du moulin à foulon du Grand Villiers sont composés d'une chambre à feu, four, cabinet à côté, une petite écurie, grenier sur lesdites chambre et écurie ; ensuite sont les tournants, battants et ustensiles dudit moulin ; le tout en un même corps de bâtiment, couvert d'ardoises et de tuiles ; jardin devant...". 
Le grand bâtiment toujours existant est conforme à la description. Bien que très restauré, il peut dater du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle. Les bâtiments annexes datent du XIXe siècle.

Extrait d'une carte du XVIIIe siècle montrant les moulins sur la Brenne entre Neuillé et Reugny. Le moulin du Grand-Villiers a la particularité d'être coiffé de deux étendards, peut-être pour montrer son importance sur les autres moulins.

Le 13 avril 1796 y naît Jeanne Deshayes, qui va devenir la 1ère Mère des Compagnons Boulangers du Devoir, la Mère Jacob.

Sources : Bulletin de la société archéologique de Touraine (1901), Gérard Troupeau ("Neuillé le Lierre, Une paroisse tourangelle sous l'Ancien Régime"), Archives départementales d'Indre-et-Loire (H 120).

dimanche 23 août 2015

Les carreaux de Reugny

Une fabrique de carreaux existait à Reugny jusque dans les années 1950. Elle se trouvait près de la gare. Si vous avez plus d'informations ou si vous possédez vous aussi des carreaux de cette fabrique, n'hésitez pas à le signaler !
Carreau appartenant à Mme Freslier