dimanche 14 janvier 2018

Saint Vincent de Reugny, édition 2018

En ce samedi 13 janvier avait lieu la traditionnelle fête de la Saint Vincent, patron des vignerons, organisée par l'Association des Viticulteurs de Reugny. La bénédiction du vin nouveau était agrémentée de morceaux joués par la chorale Brenn'Note et par l'orchestre de la Société Musicale de Reugny. Le Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers de la Chantepleure a ensuite pris la parole pour procéder à l'intronisation des nouveaux chevaliers (dont une seule chevalière), recevant pour mission d'être ambassadeurs du vouvray partout dans le Monde.
Discours de Daniel Allias, Grand Maître de la confrérie.
La bénédiction de cette année eut une constitution toute particulière due à l'impossibilité d'utiliser l'église paroissiale, fermée depuis le 22 septembre 2017 pour raisons de sécurité. C'est donc dans le gymnase intercommunal, symboliquement sacralisé pour l'occasion, qu'elle a pris place. Une semaine avant il avait accueilli les vœux du Maire, la Salle des loisirs commençant à devenir trop étroite pour la population communale.
Une photo de l'église était projetée au-dessus de l'autel.
Tour à tour, l'orchestre et la chorale ont pu égayer l'oreille des participants à la cérémonie, dans un espace dont les qualités acoustiques étaient tout à fait différentes de celles de l'église, mais dont il a bien fallu se contenter faute d'autre choix possible (difficulté que les musiciens ont su surpasser avec talent).
L'orchestre de la Société Musicale de Reugny

La chorale Brenn'Note




































Le tonneau de vin nouveau, après sa bénédiction, est sorti du gymnase afin que commence la seconde partie de la cérémonie.
La seconde partie de la fête de la Saint Vincent est conduite par la Confrérie des Chevaliers de la Chantepleure, qui a fêté ses 80 ans il y a quelques semaines. En effet, la confrérie a vu le jour le 19 décembre 1937, un an après le décret de création de l'AOC Vouvray, et à l'initiative de Charles Vavasseur, alors maire de Vouvray.

Le nom de la confrérie vient du "robinet de bois (canelle) que l’on met au fût pour en tirer le vin. Lorsqu’on tourne la clé, elle grince, elle chante et lorsque le vin coule, elle pleure des larmes de joie ! d’où « chante-pleure », que le vigneron nomme plus couramment «champlure». Ce qui a donné le gentil nom de Chantepleure." (voir le site de la confrérie).

Elle a pour principal objectif de promouvoir les vins de Vouvray, mais, comme le signale Nicolas Raduget dans sa thèse (Les acteurs et les voies de la mise en valeur du patrimoine alimentaire de la Touraine des années 1880 à 1990, soutenue à l'Université François Rabelais de Tours en 2015, p. 269-270) "sa mission ne se limite pas à cela : renom de la gastronomie tourangelle, maintien des traditions locales, idéal de « sentiments d’amitié, entraide, honneur, générosité et désintéressement » figurent également parmi ses objectifs. On perçoit, à la lecture de ces différents buts, que le Vouvray, plus qu’un vin, est l’ambassadeur de la gastronomie départementale. Non content de s’imposer comme un fleuron commercial local, il cherche également à devenir un emblème culturel. Quel personnage plus approprié que Rabelais pour alors devenir le « père spirituel » de la confrérie. Saint-Martin, Saint-Vincent ou encore Noé ne sont pas non plus négligés par les discours du « grand maître »."

Pour témoigner de ces discours, rien ne vaut une vidéo ! Vous trouverez ci-dessous une captation de quelques minutes du discours très pittoresque de Daniel Allias, le pétillant grand maître de la Chantepleure depuis 2002 ("Saint Vincent - Saint Martin, nous sommes donc en adoration devant cette belle paire de saints"), suivi de l'intronisation des nouveaux chevaliers de cette confrérie encore très (trop ?) masculine et du vin d'honneur (on raconte que cette inégalité paritaire est causée par la difficulté à trouver des femmes qui consomment du vin). Le repas, habituellement organisé dans la Salle des loisirs, avait lieu cette année au château de Jallanges.


jeudi 19 janvier 2017

Le Moulin du Pont et les ponts de Reugny

Aux origines du moulin et du pont

Comme nous l'étudierons plus loin, le moulin et le pont actuellement visibles montrent leur état durant leur dernière période d'utilisation. Leur importance majeure dans la vie du village fait qu'ils s'usaient rapidement et qu'ils devaient être les plus fonctionnels possibles. Ils sont également à la merci de la rivière, qui peut les rendre inutilisables en cas de forte crue, tout comme en cas de sécheresse puisque le moulin ne peut tourner sans eau. Ces équipements, à partir du moment où ils sont utilisés, doivent donc être les plus efficaces possibles.
Le moulin et le pont vers 1905, collection des AD37.
Les archives anciennes du château de la Vallière nous apprennent qu'au Moyen-Âge le moulin du Pont est appelé Moulin-Blanchard, car il avait été construit par Denis Blanchard. Ces sources sont les plus anciennes que nous avons, et en l'absence de découvertes archéologiques ce sont les seules sur lesquelles nous pouvons nous baser.

Dans les années 1560, le moulin du Pont est au cœur d'une des nombreuses polémiques entre les seigneurs de la Côte et les nouveaux seigneurs de la Vallière. Marc de la Rue, seigneur de la Côte, prétendait que le moulin avait été construit contre l'intérêt du roi, qu'il avait été exhaussé et que ses chaussées étaient rompues. Par conséquent l'eau refoulée gâtait ses prés et ceux des autres particuliers. Laurent le Blanc, seigneur de la Vallière, soutenait au contraire que le pied du moulin n'avait pas été exhaussé, que les choses avaient toujours été en bonne réparation, et que le moulin subsistait depuis 1395 sans que personne, ni pour le roi, ni pour les autres particuliers, s'en fut plaint. Le seigneur de la Côte abandonna finalement sa contestation, à la condition que M. de la Vallière ne pourrait exhausser le pied de son moulin et qu'il entretiendrait les chaussées en bon état afin que ses prés ne soient pas endommagés.

En 1736 : "Le moulin du pont, encienement apellé Le moulin Blanchard, sittué proche le bourg de Reugny, consistant en maison, une petite grange, ecurie, estable, toit a porc, cour, jardin."

Le pont, cadastre de 1819
De par son emplacement stratégique, le pont de Reugny est un point de contact entre le bourg et l'extérieur. Ainsi, en 1785, c'est sur le pont qu'a lieu un événement annonçant la Révolution : Alors que des commis de la Régie des aides d'Amboise viennent opérer des vérification à la foire de Reugny, ils sont pris à partie par plusieurs forains et sont contraints de fuir vers le bourg. Ils sont rejoints au pont sur la Brenne par la meute hurlante. L'un des commis commence à être passé à tabac. Fort heureusement pour lui, le hasard a fait que Vaslin, le chirurgien de Reugny, arrivait au niveau du pont. Il se jette dans la mêlée, avant que le deuxième commis, moins assailli, se fraye un passage avec son sabre et dégage la foule. Vaslin réussit à parlementer avec les rebelles, puis toute l'assemblée se dirigea vers le domicile du buraliste afin de dresser un procès-verbal, qui fut écrit sous les huées et injures. Pour en savoir plus sur l'émeute de 1785, cliquez ici. Le pont devait être tel qu'il apparaît sur le cadastre de 1819, long de six travées et en bois.


Grâce à une description de 1790, au moment où tous les biens du domaine de la Vallière sont inventoriés, on sait que la halle du moulin était construite en pans de bois et torchis. Accolé à la halle, un bâtiment en moellons et pierre de taille comportait deux chambres à cheminée, dont l'une des deux était complétée d'un four. Une autre pièce servait de cellier. Au nord de cet ensemble, une grange et deux écuries sont dites en pans de bois et torchis à l'exception du pignon de la grange qui est en moellons et pierre de taille. Il y avait également deux abris à porcs au pignon. Tous les bâtiments étaient couverts de tuiles.
Plan des bâtiments joint à la description de 1790, AD37
En 1795 l'agent national signale que le pont franchissant la Brenne "qui coupe le territoire de la commune en deux" menace ruine, "les hommes de pied pourraient éprouver des accidents", à plus forte raison ceux qui mènent chevaux. Un charpentier doit visiter le pont et dresser un devis pour sa réparation, mais la réparation semble s'être limitée à quelques vagues travaux de consolidation car ni la mairie ni le département ne voulaient en payer le prix.

Sur le cadastre de 1819 on peut observer précisément la disposition des bâtiments, mais aussi des zones aquatiques. À cette époque le moulin est à la jonction des deux bras de la Brenne qui contournent l'île au Chat. De nos jours la pointe de l'île est légèrement plus reculée, et la jonction entre le bras ouest de la Brenne (qui alimentait les moulins de Chareau et de la Pierre) et le bras est (qui alimentait les moulins du Petit-Villiers et de la Vallière) a lieu avant le moulin du Pont. C'est au niveau du pont que la Brenne est la plus large. Le choix de construire le pont à cet emplacement plutôt que sur une portion plus étroite de la rivière peut paraître étonnant, mais, le pont étant jumelé avec un passage à gué, la zone devait être moins profonde et donc plus facile à traverser.
Cadastre de 1819, Archives départementales d'Indre-et-Loire
La reconstruction du moulin

Le 30 août 1837, Gasner, le régisseur du domaine, écrit que le moulin du pont "est presque inhabitable" et qu'il faut impérativement réparer les toitures avant l'hiver.

En avril 1838, Fournier, architecte à Tours dit "avoir été à Reugny examiner et reconnaître les réparations à faire au Moulin du Pont, en avoir pris le détail et fait le devis d'après les offres du fermier de payer l'intérêt des dépenses à faire au moulin pour le mettre en état".

Le 3 septembre 1838 la duchesse d'Uzès envoie une demande au roi Louis-Philippe 1er pour obtenir l'autorisation de reconstruire son moulin.

Le 2 octobre 1838, le régisseur écrit que les travaux du moulin du Pont ont commencé huit jours avant. "On ne doit faire que le chemin du moulin, dont la dépense est évaluée à environ 1000 francs." Cette lettre est accompagnée d'une note sur les dépenses des travaux faits depuis le 1er janvier 1838. Parmi les nombreuses restaurations nécessaires sur tout le domaine, on trouve pour le moulin du Pont : "Posé trois étriers pour tenir l'écartement de la grange, refait idem la lucarne et réparé la couverture de ladite grange".

Le 13 décembre 1838 "Les travaux du moulin du Pont qui ont été commencé par ordre de M. Fournier en septembre dernier ne sont pas encore entièrement terminés. Il a été employé dans cette construction pour le chemin et avant-chemin du moulin, la fausse porte et le pignon du moulin, pour 903 francs des pierres de taille, 199 francs de chaux, 330 francs de ciment et environ 700 francs de main d'oeuvre pour maçon, tailleur de pierre, charpentier, couvreur et terrassier, et jusqu'à ce que les travaux sont tout à fait achevés on peut ajouter au moins 100 francs ; ce qui fera la somme totale de 2232 francs."

Le 13 mai 1839 l'architecte Fournier doit se rendre à Reugny suite à la plainte déposée à la préfecture par M. de la Frillière, propriétaire du château de Launay, "contre la construction du pont". En la présence de l'Ingénieur des Ponts et Chaussées, M. de la Frillière retire sa plainte, qui est reconnue "mal fondée".

Un plan conservé aux Archives départementales d'Indre-et-Loire, non daté, est signé Emile Pallu, commissaire expert du 1er arrondissement. On observe un pont composé d'une pile en maçonnerie, comparable au pont actuel qui avait déjà été reconstruit en 1882. Il aurait donc pu s'agir d'un plan de la reconstruction de 1882, mais Emile Pallu est actif dans les années 1840, ce qui colle bien avec la plainte de 1839 à propos de la "construction du pont". Emile Pallu était élève de Jean-Nicolas Huyot à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. En 1840 il construit l'école du mail à Château-Renault, en 1844 il va terminer les immeubles à arcades de la place Jean Jaurès à Tours, et à partir de 1845 il s'occupe de la construction du couvent des Carmélites rue des Ursulines à Tours. Sa carrière est méconnue, peut-être est-il celui que Fournier appelle "l'ingénieur des Ponts et Chaussées" en 1839, et qui aurait donc réalisé ce plan pour accompagner son procès-verbal reconnaissant comme "mal fondée" la plainte de M. de la Frillière.
Plan du pont de Reugny, Archives départementales d'Indre-et-Loire
Le 15 septembre 1839, le régisseur écrit "Je ne sais plus à quoi penser de M. Fournier, il devait vous écrire dans le courant de mois de mai dernier et vous rendre compte des travaux qui sont inévitables à faire faire dans le courant de l'année, principalement le déversoir au moulin du Pont ; Je ne suppose pas que ce soit négligence de sa part, néanmoins on n'a pas lieu d'être content de lui."

Le 5 novembre 1839, "les travaux du moulin du Pont sont entièrement achevés, le moulin ne laisse rien à désirer ; On peut compter pour le renouvellement du bail qu'il sera loué très avantageusement." Dans cette même lettre, Gasner est fier d'annoncer qu'il a fait 115 francs d'économie sur l'achat de la "pierre dure", qui a été employée pour moitié au déversoir du moulin du Pont, et l'autre moitié à la fausse porte du moulin de Chareau.

Sur un devis des réparations à faire aux bâtiments de la Vallière en 1840, on note pour le moulin du pont qu'il faut prolonger dans la pente le glacis du déversoir "rapport à la force du courant". Il est précisé que douze journées de main d'oeuvre seront nécessaires (donc par exemple quatre ouvriers sur trois jours). En l'absence de documents postérieurs concernant ces travaux, on suppose que le moulin est totalement neuf et que tous les travaux sont terminés.
Le moulin du Pont, AD37
Pendant ce temps là, l'administration fait son travail. Ainsi, les rapports et avis des ingénieurs quant à la reconstruction du moulin sont donnés les 15 juillet et 26 août 1842, l'avis du Préfet est donné le 28 février 1845 et celui du Conseil des Ponts et Chaussées le 26 mars.

Le 21 août 1845, le roi autorise la duchesse d'Uzès, décédée quatre ans plus tôt, à reconstruire le moulin du Pont, qui a été reconstruit six ans plus tôt. L'ordonnance du roi énonce que :
"La hauteur du niveau des eaux dans le bief supérieur du moulin du Pont est et demeure fixée au niveau de la surface supérieure du déversoir actuel ou à 0,158m en contrehaut de la surface supérieure de la marche prise pour repère dans le procès-verbal des lieux et dans le nivellement.
Ce niveau sera toujours maintenu au moyen d'un déversoir de 6m ou de largeur libre, construit sur la rive gauche, à 50m du moulin, et dont le couronnement dérasé exactement au niveau ci dessous prescrit, sera construit en pierre dure ou en charpente sur toute la longueur de ce déversoir et sera, à l'amont, terminé par un plan perreyé.

La largeur libre des vannes de décharge ayant leur seuil au niveau du fond de la rivière sera portée à 2m ou le bord supérieur de ces vannes sera arasé au niveau prescrit pour le déversoir : ces vannes seront d'ailleurs garnies du mécanisme nécessaire pour qu'on puisse les manœuvrer aisément en tout temps.
Dès que les eaux du bief surmonteront le dessus des vannes de décharge dûment arasées au niveau prescrit, la permissionnaire ou son fermier devra lever ces vannes de décharge de manière à ramener les eaux à leur maximum de tension.
En cas de refus ou de négligence de leur part d'exécuter cette manœuvre en temps utile, il sera procédé d'office et à leurs frais par le maire de la commune, et ce indépendamment de toute action civile dont ils seraient passibles pour raison des pertes et dommages résultant de ce refus ou de cette négligence.
Le mécanisme pour manœuvrer les vannes
Il sera placé dans le bief supérieur du moulin à 10m et sur la rivière droite un repère définitif et invariable lequel sera formé d'une borne en pierre dure, taillée en prisme équilatéral de 0,30m de côté, cette pierre sera solidement dans une base en maçonnerie à mortier hydraulique, un des côtés orienté vers le nord.
La partie supérieure de ladite pierre sera soigneusement dérasée au niveau prescrit pour le déversoir et elle sera ceinte d'une barre en fer. Dans cette bande en fer encastrée dans la pierre et arasée à la partie supérieure au niveau fixé pour le déversoir seront gravés profondément ces mots : Niveau des eaux.

La propriétaire du moulin du Pont sera tenue d'entretenir les rives parfaitement étanches. Aucune coupure ne pourra être faite, ni partie des eaux détournée pour l'irrigation qu'en vertu d'une autorisation administrative rendue régulièrement.

La propriétaire de l'usine et son fermier sont responsables de la conservation du repère régulateur du point d'eau.

Les travaux ci dessus prescrits seront exécutés sous la surveillance de l'Ingénieur de l'arrondissement, ils devront être terminés dans le délais de six mois à dater de la notification de la présente ordonnance." 

Une inscription précise que l'ordonnance fut "notifiée administrativement [...] à Madame la Marquise de Rougé, héritière de feu Madame la Duchesse d'Uzès et actuellement propriétaire dudit Moulin du Pont, et remis cette copie au sieur Jean-Nicolas Gasnet son chargé d'affaires demeurant en son château de la Vallière en cette commune", le 8 novembre 1845.

Fonctionnement du moulin



L'eau, élément essentiel pour faire fonctionner un moulin à eau, ne va pas directement de la rivière à la roue. Il faut d'abord que l'eau emprunte un bief, sorte de petit canal, maintenu à un niveau stable par un ou plusieurs déversoirs. Sur la photo ci-contre on voit les vannes qui permettent de niveler les eaux, afin qu'il y ait toujours le niveau adapté à la roue.

L'emplacement de l'axe de la roue
Les mécanismes du moulin (disparus), actionnés par l'axe de la roue
Les sacs de grain à moudre sont hissés au dernier étage, sur la gravure ci-dessus il y a une ouverture dans la toiture pour les faire monter depuis l'extérieur du moulin.


Au moulin du Pont les sacs de blé étaient montés depuis l'intérieur par un système de trappes (qui servait ensuite à faire descendre les sacs de farine). On voit le trou qui permettait de faire passer la corde.

Le blé passe d'abord dans un tarare pour être nettoyé, puis dans le bluteau pour le tamiser et enlever les particules plus petites que le grain.


Au moulin du Pont le blé est mis dans le tarare, d'où il passe à l'étage inférieur à travers de petites ouvertures dans le sol.









Le blé arrive dans une trémie pour passer sous les meules. Il est ensuite envoyé dans la bluterie (à droite) pour séparer les différentes qualités de la farine (bonne à livrer ou à repasser sous les meules).
Emplacement des meules ou espace de stockage ?
Le grenier, avec les trappes et la bluterie.


Le moulin du Pont compte deux bluteries, sur deux étages différents, ce qui permettait d'optimiser la gestion de la farine.



La grille protégeant le mécanisme de la bluterie, pour qu'il ne soit pas englué sous les poussières et la farine.










Le jeu des briques sur la façade montre en haut à droite une bluterie vue en coupe. Les deux autres motifs sont plus difficilement reconnaissables, peut-être un grain de blé schématique, ou peut-être un motif décoratif sans aucun sens. Clairement visibles depuis la rue, ces motifs, ou au moins le motif de la bluterie, servent de vitrine publicitaire au moulin.
Le moulin n'est pas uniquement constitué de la partie usine, il est couplé d'une ferme elle aussi reconstruite en même temps que lui. Les bâtiments existants sont en effet différents de ceux du cadastre de 1819 et de la description de 1790 où la grange et l'écurie sont dits en pans de bois et torchis, à l'exception du pignon de la grange. S'il y a un seul élément de cette époque, ça ne peut donc être que le pignon de la grange, qui aurait alors été conservé lors de la reconstruction. Enfin, le moulin est doté du confort moderne, puisqu'il a la chance d'avoir un lavoir donnant sur le bief (alors que la lavoir municipal n'est pas encore construit).

Le moulin, avec la sortie du bief qui atterrissait directement dans la Brenne.
Les nouveaux ponts
Le pont de six arches construit en 1863.


En 1863 un pont de six arches est construit par le Conseil Général d'Indre-et-Loire. Il permet de conserver une route praticable lorsque la Brenne est en crue. À cette époque cette route faisait partie des "chemins vicinaux de grande communication" (chemin n°5, de Monnaie à Amboise), qui était, en gros, l'équivalent des actuelles routes départementales. Il était donc important que la route ne soit pas coupée au grès des intempéries.
Photo prise le 15 octobre 2012 lors d'une crue de la Brenne.































Le 22 décembre 1870, deux jours après la bataille de Monnaie, les Prussiens reçoivent l'ordre de se concentrer dans la région de Blois pour faire face à une offensive de la garnison de Paris. Un témoin raconte que "jeudi matin, tout est parti pour Blois et tous ceux qui étaient à Monnaie ont passé par la rue du pont. Pendant au moins 5 à 7 heures durant, cela n'a pas cessé ; on évalue au moins à 25 mille hommes. À la fin tous les pillards [...] ont passé volant toutes les maisons, cherchant dans les meubles, prenant tout ce qui leur convenait...". Pour en savoir plus sur l'invasion prussienne à Reugny, cliquez ici

En 1874 il est noté par le Conseil Général la nécessité de reconstruire en maçonnerie le pont en bois de Reugny sur la Brenne.  
En août 1878, le pont est décrit comme étant "formé de deux travées en bois, de 7m d'ouverture chacune, reposant sur des culées et une pile en maçonnerie. Les poutres du tablier présentent au milieu une flèche de 12 à 15cm. Les bois sont complètement pourris. Dans ces conditions il faudra songer prochainement à remplacer cet ouvrage d'art."

Détail d'une carte postale, AD37
Le pont est reconstruit en 1882 avec des matériaux métalliques, qui vivaient alors leur heure de gloire : toutes proportions gardées, il est construit au même moment que le viaduc de Garabit de Gustave Eiffel. Les piles en pierre sont peut-être conservées du moulin de 1839. À Neuillé en 1874 on avait décidé de reconstruire le pont en pierre. La même chose avait été décidée en 1872 pour les ponts de Cosson à Vernou. Pour la ligne de chemin de fer Tours-Sargé, construite dans les années 1880 donc en même temps que le pont de Reugny, les ponts sont quasiment tous métalliques.
Le Pont du Moulin, AD37. À droite on peut voir la vanne de décharge du bief et l'eau qui en sort.
Le Moulin du Pont, AD37. Ici la photo semble avoir été prise en temps de crue.
Le pont métallique est détruit dans les années 1970 et remplacé par un pont en béton.
Le moulin et le pont en février 2013.
Bibliographie :
Bulletins de la Société archéologique de Touraine :
- Alfred Gabeau, Etude sur le Marquisat de la Vallière et les fiefs qui en dépendent, Tome XIII, 1901-1902.
- Louis Tricot, L'émeute de 1785 à Reugny, Tome XXXVIII, 1977.

Archives :
Archives départementales d'Indre-et-Loire :
- Cadastre napoléonien
- Fonds de Reugny-La-Vallière (65J7 - 65J50 - 65J216 - 65J218).
- Plan du pont de Reugny (II/4.14.1).
- Cartes postales (10Fi194-0007 - 10Fi194-0008 - 10Fi194-0012 - 10Fi194-0059).
- "En Touraine, je me souviens, Reugny", Brochure éditée par le Conseil Général d'Indre-et-Loire en 1996.

Rapports et délibérations du Conseil Général d'Indre-et-Loire :
- 1863, Chemins vicinaux de grande communication.
- 1874, Renseignements particuliers sur les chemins de grande communication et d'intérêt commun.
- Août 1878, Rapport de l'Agent-voyer en chef.
- Août 1881, Budget de report de 1880 à 1881.
- Août 1882, Rapport de l'Agent-voyer en chef.

Mairie de Reugny :
- Documents de Louis Tricot sur la Révolution.

Les gravures sont tirées du Cours d'agriculture de Rozier, publié en 1786.

lundi 28 novembre 2016

L'Armorial d'Hozier, un aperçu de la société en 1700

L'Armorial général de France est né d'un édit de Louis XIV pris en 1696. Il avait pour but de répertorier toutes les personnes et communautés possédant un blason, et de leur appliquer une taxation. Le port du blason était jusqu'à cette date libre, tout le monde pouvait en avoir un, qu'il soit noble ou pas. L'édit de 1696 crée un impôt pour la possession d'un blason, ce afin de réduire la dette de l'Etat. Chaque blason enregistré coûtait 20 livres à son possesseur. Les blasons sont répertoriés dans 35 volumes d'environ 600 pages chacun, sous la direction de Charles René d'Hozier (d'où son autre nom d'Armorial d'Hozier). 
Extrait du volume XXXIII, consacré à la généralité de Tours
Cet armorial présente un intérêt majeur, mais son utilisation n'est pas aisée car il faut savoir précisément ce que l'on cherche. Certains blasons peuvent être trouvés grâce aux sommaires, mais d'autres ne peuvent l'être qu'en consultant intégralement le ou les volumes consacrés à une généralité, page par page. Ceci peut expliquer pourquoi cet outil n'est quasiment jamais utilisé lors de recherches concernant l'histoire d'une localité.

Tout d'abord, je me suis attelé à une lecture survolée des deux volumes consacrés à Tours (soit 1188 pages). À noter que la généralité de Tours comprenait les départements actuels de l'Indre-et-Loire, du Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Sarthe, et le nord de la Vienne. Le premier volume n'a rien livré concernant Reugny ou Neuillé. Le deuxième est plus intéressant, mais il a également fallu piocher dans les volumes de Paris et de la Normandie pour retrouver les acteurs de cette époque.


"Le Prieuré de Neuilly" : Le blason n'est pas attribué à une personne en particulier, mais au prieuré en tant que personne morale. À cette époque, Bonnette et Moreau sont prieurs curés de l'église. Ils s'effacent derrière le blason de leur prieuré. S'il en est le plus souvent ainsi pour les prieurés, il n'en va pas de même pour les églises paroissiales, où la personnalité du curé est plus marquée. À Neuillé, c'est de cette époque que datent les stalles en bois disposées dans le choeur de l'église, où siégeaient les prieurs du prieuré. Dans la nuit du 3 au 4 août 1706, le prieuré est incendié par un habitant mécontent de la saisie de son blé par les prieurs. Après cet incendie les prieurs furent logés dans le bâtiment surplombant la Brenne, quelques mètres derrière l'église.
  

"Pierre Lheritier, Prêtre Curé de la paroisse de Reugny" : Blason pour le moins étonnant, qui laisse présumer de la joie de vivre qui devait se dégager du personnage ! On se souviendra que le curé Lhéritier nous a permis de nous imprégner de l'atmosphère qui régnait au village grâce à sa tendance à prendre le registre paroissial pour un journal intime (pour rappel, relire l'article Les aventures du curé Lhéritier). La réalisation d'un blason étant laissé au libre choix de celui qui le porte, le choix d'un crâne et de larmes ne peut que montrer le caractère très pieux du curé de Reugny. Celui-ci contraste fortement avec la sobriété du blason du prieuré de Neuillé, ou plus généralement avec les autres curés présents, qui ont le plus souvent opté pour une croix ou une Vierge à l'Enfant...

"Françoise de Berziau, femme d'Anne de la Bonninière, chevalier seigneur d'Argouges" : Ce blason est la preuve qu'il faut savoir ce que l'on cherche dans l'Armorial d'Hozier, le nom de la commune n'étant pas précisé dans la description. Les seigneurs des Argouges faisaient partie de la petite noblesse locale, ils doivent acheter cette terre aux seigneurs de la Vallière autour de 1675. Le domaine ressemblait plus à une ferme qu'à un château, c'est sans doute pourquoi les seigneurs de la Vallière leur ont cédé sans crainte d'être éclipsés. Le fait que ce ne soit pas le blason du seigneur qui est représenté mais celui de sa femme est assez surprenant. Peut-être que Mme de Berziau a été chargée par son mari d'aller faire enregistrer ses armories, et qu'elle a choisi de présenter les siennes et non celles de son mari.

"Dreux de Rousselet, Marquis de Château-regnault" : La paroisse de Neuillé-le-Lierre dépendait du marquisat de Château-Renault, dont le seigneur en 1700 était Dreux de Rousselet. Il meurt en 1704 à la bataille navale de Malaga, "la cuisse coupée aussi haut qu'il est possible". Il était sous le commandement de son oncle, François-Louis Rousselet, maréchal de France, dont le fils François-Louis-Ignace est aussi tué lors de cette bataille. Il est fort probable que les marquis de Château-Renault, de par leurs hautes responsabilités dans le royaume, se soient très peu intéressés de ce qu'il se passait sur leur domaine (ils rechignèrent pendant tout le XVIIe et le XVIIIe siècle à réparer le pont sur la Brenne, qui fut finalement reconstruit par les habitants de Neuillé eux-mêmes). 





"Gilles Guichard, Conseiller du Roy, maire perpétuel de la ville d'Amboise" : On note l'absence du blason de la famille d'Amboise, qui étaient alors seigneurs de Bourot, de Neuillé, et du Clos-Lucé. À cette époque Gilles-Antoine d'Amboise était seigneur de Neuillé. Il épouse en 1700 Pauline Guichard, fille du maire perpétuel d'Amboise. Le blason de ce dernier étant bien enregistré, peut-être que Gilles-Antoine préférait utiliser le blason de son beau-père plutôt que de payer l'enregistrement du sien... La famille d'Amboise s'éteint quelques décennies plus tard faute de descendants masculins.


"Gabrielle Glé, comtesse de la Costardays et de Becheret, veuve de Jean-François de la Baume le Blanc, Chevalier marquis de la Vallière, Gouverneur et Lieutenant général pour le roy de la province de Bourbonnais" : Jean-François est le frère de Louise de la Vallière, il se marie à Gabrielle en 1663 et meurt en 1676. Le blason de cette dernière, d'or à cinq rats de gueules, est accolé au blason des seigneurs de la Vallière. Rat se disait "glé", c'est pourquoi la famille Glé porte des rats sur son blason. Le blason est enregistré à Paris, les seigneurs de la Vallière ne faisant que de rapides séjours à Reugny au XVIIIe siècle.
"Jacques du Bois, écuyer seigneur de Launay" : Ce blason est enregistré dans le volume consacré à la généralité de Caen, les Dubois (ou du Bois) venant bien de Normandie. Les plaintes du curé Lhéritier débutent en 1700, et en 1701 Dubois acquiert les droits honorifiques de l'église de Reugny (par provocation ?). Il est bien cité en tant que seigneur de Launay dans l'armorial, mais peut-être n'est-il arrivé en Touraine que quelques années plus tôt. En juillet 1713, le jour de la saint Jacques, un coup de canon tiré en l'honneur de sa femme au château de la Vallière lui emporte une partie du ventre. Il en meurt 35 jours plus tard, pour le plus grand plaisir du curé, qui écrit que "Despuis ce tems on a vu régner dans la paroisse une paix profonde et on peut dire que dans toute la province il ne s'est pas trouvé une personne qui l'ait regretté".




De cet armorial il apparaît que les deux villages sont surtout marqués par l'absence des seigneurs de la Vallière, qui passent le plus clair de leur temps à Paris. La religion occupe une place importante, ce sont le curé et les prieurs qui dirigent leur paroisse, et qui rythment la vie des habitants. Quelques notables tentent de profiter de l'absence des seigneurs du village, mais ils ne peuvent qu'essayer de se rapprocher de ces derniers.

Sources :
Volumes reliés du cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l'édit de 1696, par Charles d'Hozier, 1697-1709 (en ligne sur Gallica) :
- Volume XX, Normandie, Caen, p. 145.
- Volume XXIV, Paris II, p. 1887.
- Volume XXXIV, Tours II, pp. 890, 892, 894, 1145.
Mémoires du marquis de Villette, publiés pour la Société de l'histoire de France par M. Monmerqué, Paris, J. Renouard, 1844.

vendredi 30 septembre 2016

Installation de panneaux explicatifs sur l'histoire de l'église de Reugny

Depuis quelques jours des panneaux sont accrochés aux quatre coins de l'église afin d'expliquer son histoire, et à travers elle l'histoire du village. Sept panneaux sont à découvrir, traitant chacun d'une thématique historique : l'église romane, les travaux des différents seigneurs de Reugny, Louise de la Vallière, les travaux de 1889...
La chapelle de la Côte, construite par les seigneurs de Boissé
Ces panneaux ont pu voir le jour grâce à Axelle Tréhin, maire de Reugny, qui a encouragé ma proposition pour mettre en valeur l'église. Ce n'est qu'un début dans la valorisation de ce patrimoine, mais ils devraient permettre d'aider à voir l'église comme un petit musée gratuit, témoin essentiel de l'histoire du village depuis 1000 ans. Donc, si vous ne savez pas quoi faire à Reugny, allez visiter l'église !
Description de la voûte peinte réalisée par les seigneurs de la Vallière

lundi 5 septembre 2016

La famille de la Rue et le château de la Côte au XVIe siècle

Jean de la Rue et Perrine Le Fuzelier, ainsi que leur fils Marc, seigneurs de la Côte, à Reugny, sont extrêmement représentatifs des seigneurs de Touraine à la Renaissance, cherchant l'ascension sociale à une époque qui leur est très favorable et voulant légitimer cette ascension face à la noblesse ancienne. Le rapport qu'ils entretiennent à l'Art, par le mécénat religieux et la construction de châteaux, est souvent la dernière trace qu'ils ont laissé à la postérité. Leur étude peut être biaisée par l'ignorance dans laquelle nous sommes du but de ce mécénat : Glorification personnelle ? Amour sincère de l'Art ? Les deux à la fois ? À travers eux nous pouvons avoir une idée du contexte historique et artistique de la plupart des seigneuries du val de Loire dans la première moitié du XVIe siècle.

Le château de la Côte
Jean de la Rue (vers 1465 - 1508) et Perrine Le Fuzelier ( ? - 1535)

En 1492 Jean de la Rue est nommé secrétaire de la Chambre des comptes de Bretagne par Charles VIII. Il occupe toujours son poste en 1505, il se dit alors âgé de quarante ans (ce qui permet de déterminer son année de naissance vers 1465). Il meurt peu après. Il est accompagné de Guillaume de Beaune qui obtient le poste de maître de la Chambre des comptes (fils de Jacques de Beaune, surintendant des finances sous François 1er et condamné à la pendaison par le même roi en 1527, à 62 ans). Un décret de 1781, lorsque la suppression de la paroisse de Notre-Dame-de-l'Ecrignole est décidée, cite le tombeau de Jean de la Rue. Il est alors dit "vicomte de la Huge, conseiller, notaire et secrétaire de Mgr le comte d'Angoulême et Mgr le comte de Valois" (Charles d'Orléans, puis son fils François d'Angoulême, futur roi François 1er). Vers 1500 il avait fait construire la façade ouest de l'église Notre-Dame-de-l'Ecrignole, près du chevet de l'église abbatiale de Saint-Martin de Tours, dont dépendait l'hôtel familial. Les tombeaux de Jean de la Rue, Perrine le Fuzelier et Marc de la Rue se trouvaient dans cette église jusqu'à sa démolition en 1782.
Plan de la ville de Tours aux diverses époques de son Histoire, par le Dr Eugène Giraudet, 1872.

Les mécènes de Touraine au printemps de la Renaissance

Jacques de Beaune, le père du collègue de Jean de la Rue à la Chambre des Comptes de Bretagne, fait construire le château de Semblançay et le château de la Carte à Ballan-Miré. Il commande au peintre Jean Bourdichon la réalisation des vitraux de la Carte et de l'église de Ballan. Les deux vitraux du chevet de l'église de Semblançay, représentant Jacques de Beaune et saint Jacques, et Jeanne de Ruzé et saint Jean-Baptiste, sont peut-être du même artiste. Jeanne de Ruzé est la cousine de Gilles Berthelot, constructeur d'Azay-le-Rideau. Jacques de Beaune fait également construire la galerie et l'hôtel de Beaune-Semblançay à Tours, un des premiers hôtels de style Renaissance, et un des rares dont on peut encore voir des vestiges (avec l'hôtel Gouin). Enfin c'est toujours à la famille de Beaune que l'on doit la fontaine publique aujourd'hui installée face à la façade de l'hôtel, dernière fontaine Renaissance encore existante de la ville de Tours.
Eglise de Semblançay, Jacques de Beaune
et son saint-patron
Catherine Briçonnet (fille de Raoulette de Beaune et Guillaume Briçonnet), nièce de Jacques de Beaune, épouse Thomas Bohier. Ils font reconstruire le château de Chenonceau de 1513 à 1517, et achètent des seigneuries à Nazelles et Saint-Martin-le-Beau notamment. Ils conservent une tour de l'ancien château-fort des Marques, afin de rappeler leur statut de seigneur. La conservation de cette tour, ainsi que des piles de l'ancien moulin sur lesquelles ils construisent leur château, obéit donc à une logique symbolique et économique. À cela s'ajoute le décor renaissance, qui fait une de ses premières entrées en France par le val de Loire. Ainsi, on le voit bien ici, les principaux mécènes de Touraine au début du XVIe siècle font partie d'un même réseau, duquel ne fait pas partie la famille de la Rue. Cette absence d'alliances avec les grandes familles de financiers de cette époque permet de cerner le statut inférieur des seigneurs de la Côte. Les travaux de Jean et Perrine au château de la Côte, dans un climat politique propice à la reconstruction des vieux châteaux, leur permettent de revendiquer leur présence et leur importance face aux grandes familles de financiers.
Le château de Chenonceau (photo prise le 4 juin 2016 pendant la crue du Cher)

Le premier château de la Côte (1500-1510)

À la différence d'Azay-le-Rideau, Chenonceau ou Semblançay, le château de la Côte semble être bâti sur un emplacement vierge de toute occupation antérieure. Le site choisi, dans la vallée de la Brenne, a flanc de coteau, est caractéristique des constructions de manoirs de cette époque [SAT, Cron, 1997]. Mais, à la différence de la plupart des manoirs, qui étaient au cœur d'une exploitation agricole et intégraient les bâtiments agricoles au sein même de la cour du manoir, ce n'est pas le cas à la Côte où la ferme est reléguée en contrebas (et n'existait peut-être pas à cette époque).

Eric Cron note une deuxième caractéristique des manoirs de Touraine, qui est le besoin d'ostentation. Cette ostentation est notamment marquée par la présence de la chapelle, élément très rare qui permet de classer les de la Rue parmi l'élite de ces constructeurs de manoirs.

Les éléments défensifs sont également bien visibles à la Côte, avec les tours d'angle et leur haute couverture en ardoise. Si elles permettaient au seigneur de donner à son château un aspect plus médiéval, en symbolisant la puissance seigneuriale, leur fonction défensive était en fait très limitée.

Enfin la dernière marque de cette ostentation est le verticalisme des constructions, avec des combles aigus et une tour d'escalier hors-oeuvre.
Tour d'angle du château de la Côte
Jean et Perrine font construire le corps de logis sud entre 1500 et 1510 (datation dendrochronologique de la charpente). Son aménagement intérieur reprend les dispositions classiques des manoirs de cette époque, cuisine et grande salle au rez-de-chaussée et chambres à l'étage. 
Château de la Côte, le corps de logis daté de 1500-1510
La tour d'escalier hors-oeuvre est bien présente, sur la façade nord. La plupart des tours d'escalier sont situées sur la façade principale du château, de manière à être mises en valeur. À la Côte la tour d'escalier fait face à un portail muré, dans la suite duquel on peut encore percevoir une allée menant au bourg de Reugny. Il est alors possible d'inverser l'orientation du château au XVIe siècle, qui aurait alors été tourné vers le bourg de Reugny.
Actuelle façade arrière du château de la Côte, avec la tour d'escalier à gauche, et une aile ajoutée postérieurement à droite.
Cette cour d'honneur est dotée d'un puits couvert, et aurait permis d'accéder à la chapelle dès l'entrée dans l'enceinte du château. Reste cependant le problème de la terrasse, qui, si elle était présente dès l'origine, met clairement en évidence les façades sud et est, et pas la façade nord avec la tour d'escalier. La volonté d'imiter Blois et Chaumont pourrait se retrouver ici, puisque les tourelles d'escaliers sont dans la cour d'honneur, qui est cachée des regards extérieurs. Construits quelques années après la Côte, les châteaux d'Azay et de Chenonceau placent l'escalier totalement à l'intérieur du bâtiment. Cependant cette invisibilisation de la tour d'escalier est surtout l'oeuvre de Marc de la Rue, qui reprend les travaux une vingtaine d'années plus tard, et construit l'aile qui cache complètement la tour depuis la vallée.
Le puits du château de la Côte
Le château de Candé, à Monts, est construit en même temps que la Côte. Il est acheté en 1499 par François Briçonnet (fils de Jean Briçonnet et Catherine de Beaune-Semblançay), maire de Tours la même année, qui meurt en 1504. Le château surplombe la vallée de l'Indre, et ses jardins descendent en terrasses jusqu'au fond de la vallée. Il est possible d'imaginer des travaux de nivellement importants, comparables à ceux nécessaires à la Côte. Dans les deux cas la tour d'escalier est totalement hors-oeuvre et s'ancre sur un bâtiment disposé perpendiculairement à la vallée.
Monts, château de Candé, vers 1500.
Jean de la Rue meurt en 1508 et ne voit donc pas la fin des travaux de son château. Les fenêtres et les lucarnes sont ajoutées vingt ans plus tard par son fils, de même que la tourelle d'angle et les autres corps de bâtiments.

Marc de la Rue et Claude Gédoyn

Marc de la Rue perdant son père alors qu'il est relativement jeune, c'est certainement sa mère Perrine le Fuzelier qui se charge de son éducation. Elle se remarie avec Jean Testu, lui aussi financier, dont la nièce Marie Testu épouse en 1539 Laurent Le Blanc. En 1542 le couple Testu-Le Blanc achète le château de la Vallière, devant ainsi les voisins de Marc de la Rue à la Côte. Mais, nous le verrons plus loin, la proximité géographique entre les deux cousins par alliance ne fut pas des plus pacifiques. Perrine est citée avec Marc en 1555 sur l'inscription commémorative de leurs fondations de messes et donations à l'église de Reugny, mais elle décède en 1535. Le 12 juin 1525 elle avait fait son testament en faveur de la paroisse Notre-Dame-de-l'Ecrignole, pour laquelle elle fondait un service à chacune des sept grandes fêtes de Notre-Dame, en plus de lui donner une rente de quinze livres et cinq arpents de pré dans la prairie de Grandmont [Archives départementales d'Indre-et-Loire, G 994].

Marc épouse Claude Gédoyn, ou Godin [Lainé, 1839]. Ils semblent avoir trois enfants, Marc, Renée et Anne. Par Claude Gédoyn, les La Rue se retrouvent liés aux Le Breton, seigneurs de Villandry et Villesavin. En effet Jean le Breton avait épousé Anne Gédoyn, sœur de Claude.


Un argentier à temps partiel ?

En 1521 Marc de la Rue succède à son beau-père Jehan Testu dans sa charge d'argentier, au moment où ce dernier devient receveur général [Hamon, 1999]. Le 22 septembre 1523, depuis Blois, Louise de Savoie (mère de François 1er) envoie une lettre au trésorier général des finances en Normandie afin qu'il rembourse Marc de la Rue "conseiller et argentier dudit seigneur" d'une somme de 3750 livres (lettre vendue aux enchères à Lyon en 2012).

Après le désastre de Pavie en 1525, de nombreuses personnalités du royaume (dont le roi lui-même) sont faites prisonnières. Parmi celles-ci, Jean le Breton, Philibert Babou de la Bourdaisière, et Marc de la Rue. Le seigneur de la Côte était alors argentier de François 1er lors de sa capture, de même que la plupart de ses codétenus.

Marc de la Rue est nommé maître de la même Chambre des comptes de Bretagne en 1526. Dominique Le Page [Finances et Politique en Bretagne, 1997] précise qu'à ce moment "il est sous le coup d’une suspension pour sa charge d’argentier du roi. Cette nomination constitue donc pour lui une solution de rattrapage. En le laissant prendre cette charge – sans entrer dans l’évocation des protections dont il pouvait bénéficier –, le pouvoir pouvait ainsi garder prise sur lui, son office pouvant servir le cas échéant de valeur sur laquelle obtenir paiement de ce qu’il devait. Il pouvait aussi être un moyen pour l’inciter à faire preuve de zèle. Il a été rétabli dans sa charge d’argentier en 1528, mais il ne semble pas l’avoir exercée par la suite." Son taux de présence en Bretagne à la Chambre des comptes est très faible, parfois une seule apparition dans l'année. Il fait partie de plusieurs commissions à la Chambre des comptes entre 1537 et 1541.

Vers 1531 il est mandé au trésorier de l'épargne de rembourser à Marc de la Rue, curieusement qualifié de "naguère argentier du roy" (charge qu'il est censé avoir retrouvée le 5 mai 1528), une somme de 248 livres utilisée pour payer Jean Emery, plumassier. Vers 1533, c'est en tant que "ci-devant argentier du roy" qu'on lui fournit 1724 livres, 4 sous, 4 deniers pour le rembourser de ce qu'il a payé au brodeur du roi entre 1521 et 1524 [Archives Nationales, J 960]. En 1548, avec Guillaume Bohier (successeur de Marc de la Rue à la mairie de Tours en 1536 et fils de Thomas Bohier, constructeur de Chenonceau), il est commis par le roi aux aliénations du domaine en la recette générale de Tours [Boureille, 1912]. Le 1er janvier 1555 Marc de la Rue est reçu secrétaire du roi. charge résignée suite à son décès le 28 février 1559 [Tessereau, 1710].

Marc de la Rue et la mairie de Tours

Marc de la Rue est maire de Tours du 1er novembre 1535 au 31 octobre 1536. Il ne se passe aucun événement particulier pendant son mandat. Il s'occupe, en bon maire, de la réparation des ponts, pavés et fontaines de la ville, avant de regagner sa place parmi les échevins.

Tour d'escalier du manoir du Petit-Rochecorbon
En octobre 1559, alors que Laurent Le Blanc, seigneur de la Vallière, est maire de Tours, Marc de la Rue participe à l'assemblée des trois ordres pour procéder à la réformation de la Coutume de Touraine. Il y est qualifié de "seigneur de la Couste, de la Morellerie & de la Barengerie, Malicorne, & du fief de Rochecorbon". On en déduit qu'il a pu acquérir le manoir du Petit-Rochecorbon situé juste en face de son château, et par conséquent qu'il faut bien distinguer la châtellenie de Rochecorbon (la ville actuelle, qui appartenait aux barons de Maillé) et le fief de Rochecorbon (le manoir accolé au château de la Côte, qui sera ensuite qualifié de Petit-Rochecorbon).


La même année 1559, faisant partie des échevins de la ville de Tours, il donne son accord à René Gardette (propriétaire de  l'hôtel Goüin, et élu maire de Tours à la suite de Laurent le Blanc, sieur de la Vallière) dans un contrat pour l'exécution de la fontaine de la place Foire-le-Roy. Elle comprenait "une grande conque et deux petites" avec "pedestal revestu de quatre pillastre de marbre avecques la base et chappitaulx de bronze suivant l'ordre dorique, les architraves, frizes et corniches d'icelle, pedestal de marbre, les arcades et platsfons situez entre lesdits pillastres, qui font les quatre faces d'icelle, revestuz de nymphes et naïades de bronze à bas-reliefs." [SAT, Bosseboeuf, 1901]. Le 31 mars 1560 il fait partie des échevins de la ville présents pour la signature du marché de construction de la fontaine. Etant donné qu'il est censé mourir en 1559, il doit en fait s'agir de son fils, qui s'appelle également Marc, mais ce fils n'a pas d'autres liens connus avec les échevins de Tours. Le 14 janvier 1561 il est encore parmi les signataires d'un acte notarié concernant le paiement de cette fontaine [SAT, Grandmaison, 1870]. La description des matériaux nécessaires à la fontaine permet d'imaginer son aspect : une cuve carrée en pierre de taille cantonnée de quatre pilastres doriques en marbre, dont les bases et chapiteaux sont en bronze, reliés par des arcades abritant des nymphes en bronze. Le décor semble encore très influencé par l'art de la Première Renaissance et montre le goût des élites de la ville pour les matériaux riches.

Marc de La Rue en son domaine

Le 27 septembre 1529, Marc de La Rue "sieur de la Couste et de Beauregard en la paroisse de Ruigny, et de la Mauguynière en la paroisse de Neullé le Lierre" fait une déclaration au seigneur de Pocé des terres qu'il possède près de la métairie de la Mauguinière [AD 37, C 590].

Cheminée de la salle du Petit-Rochecorbon
Face au château de la Côte, de l'autre côté de la cour d'honneur, le manoir du Petit-Rochecorbon a vu de nombreuses hypothèses quant à ses origines. Il était notamment daté de la fin du XVe siècle, puisqu'il correspondait à la typologie des manoirs de cette époque. L'étude dendrochronologique a récemment contredit cette datation, la charpente ayant été réalisée à partir de bois coupés en 1525. On peut se poser des questions sur l'utilité de construire un manoir face à son manoir de résidence. Marc de La Rue étant seigneur du "fief de Rochecorbon" en 1559, on peut imaginer qu'il l'était déjà en 1525. Par ailleurs, peut-être cette annexe pouvait-elle servir à loger ses domestiques, ses enfants, ou sa mère Perrine le Fuzelier.

Le Petit-Rochecorbon, faisant face au château de la Côte
Marc est beau-frère de Jean le Breton, qui construit le château de Villesavin vers 1527 (alors qu'il est chargé de la surveillance de la construction de Chambord) et reconstruit celui de Villandry en 1532. À Villandry il conserve le donjon médiéval (tout comme Thomas Bohier avait conservé une tour de Chenonceau, et Jean de la Rue en avait construit de nouvelles à la Côte) et crée un ensemble régulier autour d'une cour et au milieu d'un jardin. Après la mort de Jean le Breton, sa veuve Anne Gédoyn supervise à sa place la construction de Chambord, comme en témoigne un marché passé le 9 mai 1554 entre elle et les maçons travaillant sur le château [Salmon, 1857].
Le château de Villandry
Les agrandissements de Marc de la Rue au nord
du corps de logis de son père
C'est par ces fréquentations de seigneurs bâtisseurs que Marc de la Rue a dû être influencé pour le décor et l'agrandissement de son château de la Côte. Il ajoute de grandes lucarnes sur le logis de son père et le complète par plusieurs ailes de chaque côté. La charpente de cette partie est datée par dendrochronologie de 1528, donc en même temps que Villesavin et Chambord. Il est donc fort probable que des artisans surveillés par Jean le Breton aient aussi travaillé au château de la Côte. L'élévation du château ayant été perturbée par l'agrandissement des fenêtres des deux premiers niveaux, il est difficile de déterminer si des pilastres scandaient la façade comme à Villandry. Compte-tenu de l'importance moindre du château de la Côte, l'ornementation devait être plus limitée. Néanmoins on retrouve des lucarnes très similaires, un ordonnancement régulier des ouvertures, des toitures hautes et un pavillon carré dans l'angle.
Le château de la Côte, avec les lucarnes ajoutées par Marc de la Rue sur l'aile construite par son père vingt ans plus tôt.
De l'autre côté de la vallée de la Brenne, presque en face du château de la Côte, Jean Binet fait construire vers 1524 le château de Valmer. Maire de Tours en 1524, maître d'hôtel du roi de Navarre, Jean Binet est le fils de Macé Binet et Marie Briçonnet, elle-même fille de Jean Briçonnet et Catherine de Beaune (on retrouve ici les grandes familles précédemment citées). Le château de Valmer ayant aujourd'hui disparu, le château de la Côte nous permet d'imager son aspect à la Renaissance. La restauration et l'agrandissement du château de la Côte ont lieu en même temps que la construction de Valmer, mais il est impossible de savoir lequel a influencé l'autre. La ressemblance est d'autant plus frappante qu'ils sont aménagés de la même manière, sur une terrasse, au bord du coteau et surplombant des jardins et la vallée. C'est la même chose à Villandry, où le château est aussi accolé au coteau, ce qui permet de créer des dépendances troglodytes, moins coûteuses à réaliser que de réelles constructions bâties.
Aquarelle de 1695 conservée à Valmer,  montrant le château avant les restaurations du XIXe siècle et l'incendie de 1948.
Lucarne du château de la Côte
Lucarne du château de Villandry
Les armoiries de Perrine le Fuzelier
dans la chapelle de la Côte
Marc de la Rue fait également construire la chapelle à l'extrémité de la terrasse et la dote d'un vitrail historié. Les clés de voûte de la chapelle sont à ses armes et à celles de son épouse. Les armes des La Rue, qui apparaissent sur le bas-relief de l'église de l'Ecrignole, sont d'azur au sautoir engrêlé d'or. Les armes de Perrine Le Fuzelier sont un parti, c'est-à-dire qu'à gauche elle a ajouté le blason de son mari, et à droite elle conserve le sien, d'or à la fasce d'azur, chargée de trois fleurs de lis d'or (qui se sont transformées en trois macles de sable) et accompagnée de trois chausse-trappes de sable. Une statue est encore présente dans la chapelle, et deux autres ont disparu depuis le début du XXe siècle, mais il est difficile de dire si elles sont d'origine ou non. Le vitrail a peut-être été réalisé d'après les dessins d'un artiste tourangeau de l'époque. Il est d'une grande précision, et présente des ressemblances avec certains vitraux de l'église de Monnaie, ce qui peut nous indiquer qu'ils ont été réalisés par le même atelier. Il s'agit d'une chapelle privée, donc Marc n'a pas trouvé nécessaire de se faire représenter directement dans le vitrail, comme Jacques de Beaune dans l'église de Semblançay.
Détail de la crucifixion de la chapelle de la Côte
Le 22 décembre 1555, Marc de la Rue, s'inquiétant peut-être de son Salut, ou bien dans une volonté de marquer sa présence dans l'église de Reugny (de façon limitée puisqu'il n'y lance aucune construction de chapelle comme à Notre-Dame-de-l'Escrignole), passe devant Jehan Gaitier et François de Cestes, notaires à Reugny, un acte de fondation de messe et de donations. Les archives de ces notaires ont disparu, mais le souvenir de cette donation est conservé par une grande plaque commémorative dans la chapelle dite de la Côte de l'église de Reugny. Cette plaque a atteint son objectif puisqu'elle perpétue le souvenir de cette donation encore aujourd'hui. La première phrase de la plaque commémore une messe du Saint-Esprit devant avoir lieu chaque vendredi, fondée par "Perrine Le Fuzelier, dame de la Couste". Sont ensuite décrites les différentes aumônes aux pauvres de la paroisse que Marc de La Rue accorde en échange d'une "oraison et paroles ordonnez pour la recommandation et mémoire dudict de La Rue". Il meurt en 1559 et est enterré dans l'église Notre-Dame-de-l'Ecrignole auprès de ses parents.
Eglise de Reugny, plaque commémorative de 1555.

Les représentations des la Rue

Les membres de la famille de la Rue n'apparaissent que dans deux œuvres d'art, l'une sculptée, l'autre peinte. Dans les deux cas ils se placent en position de donateurs en affirmant leur foi.

En 1535, alors qu'il est maire de Tours, il fait construire la chapelle de la Miséricorde dans l'église paroissiale Notre-Dame-de-l'Escrignole, chapelle dans laquelle il sera inhumé. Il en subsiste un bas-relief des années 1540, trouvé dans une cave à l'emplacement de l'église en 1849. Il montre Marc de la Rue et sa famille (sa femme et leurs quatre enfants ?), en habits de pèlerins, agenouillés devant le christ qui les bénit. Les visages sont martelés par les Protestants en 1562. Il est visible à l'intérieur de la basilique actuelle. Les six personnages pourraient être Marc, sa mère, son épouse, et leurs trois enfants.
Bas-relief de la famille de la Rue, basilique Saint-Martin de Tours
La famille Babou ensevelissant le christ,
église Saint-Denis d'Amboise
Au XVIe siècle la pratique devient courante de se faire représenter auprès des saints personnages. Dans une autre mesure, la famille Babou de la Bourdaisière, de laquelle est issu Philibert (qui avait précédé Marc de la Rue à la mairie de Tours en 1520 et était retenu prisonnier avec lui en Italie), se fait représenter à taille humaine dans un groupe sculpté représentant la mise au tombeau du christ. Les personnages bibliques prennent les traits des membres de la famille Babou. Le groupe est aujourd'hui visible dans l'église Saint-Denis d'Amboise. Philibert marque un stade supérieur dans le mécénat artistique par rapport à Marc : il se construit le château de la Bourdaisière à Montlouis-sur-Loire, l'hôtel de la Bourdaisière place Foire-le-Roi à Tours, il installe un atelier de tapisseries et de soieries dans l'hôtel de la Petite-Bourdaisière, il prend possession pour le roi du château de Chenonceau en 1535 et en devient l'intendant (Thomas Bohier, mort en Italie en 1524, étant accusé de malversations financières lorsqu'il était argentier du roi, son fils est contraint de céder le domaine à François 1er)... et il se fait donc représenter en taille humaine dans la peau d'un saint personnage alors que Marc de la Rue se contentera d'un bas-relief plus discret.

L'élément le plus important de ces commandes artistiques est un manuscrit aujourd'hui conservé en collection privée [Avril, « Heures de Jean de La Rue et de Perrine Le Fuzelier », notice 98 du catalogue Tours 1500, Capitale des Arts2012]. Il a pu être commandé dans les années 1500 par Jean de la Rue et Perrine le Fuzelier, mais il n'est pas achevé du vivant de Jean, qui n'apparaît pas dans l'avant-dernière miniature du manuscrit, sur laquelle sont représentés Perrine Le Fuzelier et son fils Marc assistant à la messe de saint Grégoire. Pour François Avril l'effigie de la donatrice a manifestement été retouchée après sa mort en 1535 et remplacée par celle d'une dame habillée à la mode des années 1550. Ces heures sont attribuées au Maître de Spencer 6, enlumineur ainsi nommé d'après son œuvre principale, un livre d'heures conservé à la New-York Public Library. Basé à Bourges, il collabore avec l'artiste tourangeau Jean Poyer vers 1500, qui va beaucoup l'influencer. Ce manuscrit était destiné au culte privé, et suivait certainement la famille de la Rue lors de ses déplacements de Tours à Reugny.
Heures de Jean de la Rue et de Perrine le Fuzelier, Maître de Spencer 6, vers 1505-1510, parchemin, 19,5x13cm, 154 feuillets, Paris, collection particulière.

Les seigneurs de la Côte face à leurs voisins

Les querelles sur la possession de terres sont assez nombreuses, surtout dans la deuxième partie de sa vie. Ainsi le 4 août 1539 il intente un procès à François de Reilhac au sujet des terres de Rougemont (à Aschères-le-Marché, dans le Loiret) et de Teilhey, qu'il gagne. François de Reilhac, qui est peut-être son neveu s'il est avéré que Marc a épousé Madeleine de Reilhac, fait appel, et "le 23 février 1543, il accuse devant le parlement de Paris Martin Ruzé, conseiller du roi au parlement de Paris, qui avait fait un rapport concluant à son préjudice, d'être le parasite et le commensal habituel de son adversaire. "Ils ont, dit-il, fréquemment soupé ensemble à Tours, Nantes, Paris"; son rapport n'est donc pas impartial. Le parlement lui enjoint de faire la preuve  de ces allégations dans le délais d'un mois ; faute de quoi, elles seront réputées calomnieuses et il sera passé outre. Cette preuve n'étant pas suffisamment établie, le mois suivant, 23 mars, Marc de la Rue présente une contre-requête tendant à faire déclarer valable la nomination du rapporteur, et obtient gain de cause, malgré les dires de Claude Guerrier, avocat de François, qui réclamait un nouveau délais de six semaines pour établir cette preuve, se fondant sur l'éloignement de François qui se trouvait alors à Ozillac en Saintonge. Enfin, le 3 mai 1544, un arrêt du parlement déboute François de son appel, et le condamne à livrer à Marc de la Rue les terres de Rougemont et de Teilhey, sous peine de voir hypothéquer Méréville et Brigueil d'une somme égale à celle de la créance, dont cet arrêt le reconnaissait débiteur envers Marc de la Rue" [Cugnac, 1892].

Le 20 juin 1547, Marc de la Rue rend aveu auprès de François de Reilhac, seigneur de Méréville, pour la terre d'Angerville (Essonne). Leur précédent conflit n'avait donc pas mis un terme à leurs relations [Menault, 1859]. Cinq jour plus tôt, le 15 juin 1547, Claude Gédoyn, femme de Marc de la Rue, donne procuration pour protester contre toute aliénation de la moitié par indivis lui appartenant en la baronnie du Thour. En effet Marc de la Rue se fait appeler "baron du Thour en Champagne", mais il n'était en fait propriétaire que de la moitié de cette terre, l'autre moitié appartenant avant 1546 à René Vivien, notaire et secrétaire du roi, et après 1546 à Nicolas Cauchon, écuyer, sieur de Maupas. [Jadart, 1897].

En 1554, Henri II fait saisir le domaine de Chenonceau et contraint Antoine Bohier, fils de Thomas Bohier, à le vendre. Marc de la Rue est le premier à enchérir et en propose 27 520 livres. Peu après, Diane de Poitiers, maîtresse du roi, annonce qu'elle enchérira jusqu'à 50 000 livres, et propose 32 950 livres. Marc de la Rue surenchérit à 40 000 livres, puis d'autres suivent, jusqu'à ce que Diane de Poitiers offre les 50 000 livres qu'elle avait fixé, le 21 mars 1555. Personne n'enchérit au-delà, ce qui lui permit de devenir officiellement propriétaire de Chenonceau le 8 juin 1555 [Chevalier, 1868]. Dès l'année suivante elle demande à Philibert Delorme de construire un pont sur le Cher. La position de Marc de la Rue dans cette enchère peut poser question. En effet, plusieurs autres financiers ont surenchéri, mais ils ne semblaient en fait être là que pour donner plus de vraisemblance à l'achat du domaine par la favorite, et donner l'impression que le domaine n'avait pas été saisi pour son bon plaisir. Un autre lien existe entre Diane de Poitiers et Marc de la Rue : son gendre André Blondel de Rocquencourt semble travailler pour Diane, et l'année même de la mise aux enchères il est nommé contrôleur général des finances.
Le château de Chenonceau. À l'époque de Marc de la Rue le pont et la galerie n'existent pas encore.
Le 12 février 1562 Marc de La Rue intente un procès à Laurent Le Blanc, seigneur de la Vallière et du Puy, pour des motifs assez variés [AD 37, 3E1 71]. Sur une trentaine de pages, le notaire note les accusations du seigneur de la Côte, puis les réponses justifiées, documents à l'appui, du seigneur de la Vallière. Il est notamment question du moulin Blanchard, aujourd'hui moulin du Pont, qui aurait été modifié illégalement, contre l'intérêt du roi et des riverains, et que ses chaussées, rompues, refoulaient les eaux de la rivière dans les prés voisins. Ce à quoi le seigneur de la Vallière répondait "que le pied du moulin n'avait point été exhaussé, que les choses avaient toujours été en bonne réparation et que le moulin subsistait depuis l'an 1395, sans que personne, ni pour le roi, ni pour les autres particuliers, s'en fût plaint". "Enfin, le seigneur de la Côte prétendait que son voisin de la Vallière avait pris et usurpé les grands chemins royaux : l'un qui allait de la rivière de Loire et du bourg de Vernou à Châteautenault, Neuilly-le-Lierre, Auzouer, Saint-Cyr-du-Gault, etc., avait renfermé un de ces chemins dans l'enceinte de son jardin de la Vallière, et qu'il en avait donné un autre fort incommode et dangereux, ce que niait le sieur de la Vallière, qui soutenait que ces chemins n'avaient point été changés et qu'ils étaient les mêmes d'ancienneté. Sur cet objet, M. de la Rue se désista de son allégation, mais seulement en ce qui le concernait personnellement, et M. de la Vallière lui abandonna une pièce de terre appelée les Granges" [SAT, Gabeau, 1901 ; AD 37, 65 J 3 et 65 J 37]. S'il est désormais difficile de savoir lequel des deux était de bonne foi, il semble surtout très clair que Marc de La Rue cherchait par tous les moyens à apparaître comme le seigneur dominant à Reugny, face à des voisins qui prenaient de plus en plus de place dans la vallée et dans le milieu de la noblesse tourangelle. Laurent Le Blanc devient notamment maire de Tours en 1558, son fils Jean en 1575 et 1589, ses petits-fils Jean et Pierre en 1618 et 1637, et son arrière-arrière-petite-fille devient première favorite officielle de Louis XIV, marquant une autre étape dans l'ascension des seigneurs de la Vallière.
Le château de la Vallière et la vallée de la Brenne
En 1573, un débordement de la Brenne détériora les turcies et levées. Le seigneur de la Vallière, au mois de septembre qui suivit, fit réparer et fortifier les chaussées pour contraindre la rivière à rester dans son lit, et l'empêcher de vagabonder dans les prairie voisines. Marc de la Rue voyant cela "il aurait menacé de rompre les chaussées et serait effectivement venu avec plusieurs personnes, armées d'arquebuses, pistollets et autres armes et aurait fait rompre lesdites chaussées, en sorte que ledit sieur de la Vallière s'est trouvé dans la nécessité de former complainte contre ledit sieur de la Rue et de le faire assigner devant le sieur bailly de Touraine, à l'effet d'être maintenu dans la possession et jouissance de ladite rivière et qu'il fut fait inhibition et deffense de procéder plus avant à la rupture desdites chaussées, turcies et levées, nonobstant quoy ledit sieur de la Rue aurait continué à faire rompre lesdites chaussées, ce qui aurait donné lieu à faire informer contre lui et ses complices qui auraient été décrettés et aucun d'eux constitués prisonniers, ainsi qu'il paroist par les procédures et les différentes sentences et arrest prononcés en ladite justice". Cette première sentence, du 19 septembre 1573, donnait donc raison au seigneur de la Vallière. Le seigneur de la Côte fit opposition, ce qui conduisit à une nouvelle sentence du bailliage, du 15 décembre 1573, laquelle ordonnait que Marc de la Rue rétablirait à ses dépens les chaussées qu'il avait rompues. Pendant sept ans, jusqu'en 1580, le seigneur de la Côte continua de faire appel, mais à chaque fois le parlement donna raison au seigneur de la Vallière, qui affirmait ainsi sa prééminence dans la vallée de la Brenne [SAT, Gabeau, 1901].

Les enfants de Marc de la Rue et Claude Gédoyn

Marc de la Rue et Claude Gédoyn semblent avoir un fils qui s'appelle également Marc de la Rue. Il est impossible de faire la différence entre le père et le fils, dont la carrière est inconnue. Il doit mourir avant 1586, car le 21 janvier Renée de la Rue, veuve de Gabriel du Raynier, sieur de Dorée, qualifiée de "sœur de feu Marc de la Rue, seigneur de la Coste et d'Orfeuille", se dit son héritière sous bénéfice d'inventaire avec Anne de la Rue, sa sœur [AD 37, 3E5 240]. Le 18 mai 1596, un acte passé devant Charles Bertrand, notaire à Tours, fait apparaître Anne de Rochefort, qualifiée de veuve de Marc de la Rue. Elle passe procuration au sujet d'une affaire avec Anne Dupré, dame de Montifray, sur Anne de la Rue, dame de Rocquencourt, et Renée de la Rue, dame de Dorée, sœurs, héritières collatérales de Marc [AD 37, 3E5 262]. Un autre acte, du 18 octobre 1597, montre que les liens entre les La Rue et les Le Breton de Villandry ont été relativement durables, puisque Françoise Le Breton, petite-fille de Jean, séjourne chez Anne de Rochefort, veuve de Marc de la Rue. Pour l'en remercier Balthasar, seigneur de Villandry, père de Françoise, fait parvenir à Anne 33 écus un tiers [AD 37, 3E5 265].

Anne de la Rue est mariée à André Blondel (ou Blondet) de Rocquencourt, originaire de Lyon. Il est nommé contrôleur général des finances en 1554 grâce à Diane de Poitiers [Dreux du Radier, 1782, p. 475] et meurt en 1558. Il lui lègue son hôtel parisien du quartier Saint-Honoré. C'est depuis cet hôtel, appelé hôtel de Rocquencourt, que Diane de Poitiers apprend la mort d'Henri II le 10 juillet 1559. Elle ne semble donc pas avoir perdu de temps pour en prendre possession. Anne de la Rue et son père commandent le monument funéraire d'André Blondel par un marché passé le 13 janvier 1560 auprès du sculpteur Jean Goujon. Il est déposé au couvent des Filles Pénitentes à Paris, pour lequel il avait fondé une messe. De ce monument il subsiste la plaque en bronze, conservée au Département des Sculptures du Musée du Louvre, représentant le personnage nu accompagné de ses armes, dans une position assez complexe caractéristique du maniérisme. Jean Goujon est considéré comme l'un des artistes majeurs de la Renaissance. Proche du roi bien que protestant (il devra tout de même quitter Paris et la cour en 1562), il est notamment l'auteur de la fontaine des Innocents et des sculptures de l'aile Lescot du Louvre (façade et cariatides de la salle des cariatides).
Jean Goujon, bas-relief du tombeau d'André Blondel de Rocquencourt
(Photo © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / René Gabriel Ojéda).
La mort d'André Blondel de Rocquencourt a également marqué Ronsard, qui écrit :

Or toutefois conformer il nous faut 
Au saint vouloir du grand Dieu de là-haut, 
Qui des mortels à son vouloir dispose 
Et pour le mieux ordonne toute chose. 
Lequel a pris en sa céleste cour 
André Blondel, seigneur de Rocquencourt, 
Et l'a tiré de cette fange humaine
Pour lui donner demeure plus certaine, 
Où loin d'ennuis et de soins langoureux, 
Vit très heureux entre les bienheureux! 

Car bien qu'il fût grand trésorier de France, 
Bien qu'à l'époque il eût toute puissance, 
Qu'il fut courtois, gracieux et gentil, 
D'un esprit vif, vigilant et subtil, 
Qu'il fut ami des belles Piérides, 
De leurs rochers, des sources Aonides, 
Bon serviteur des princes et des rois, 
Si fût-il né pour mourir quelquefois 
Et pour changer ce misérable monde 
Pour être au ciel où tout plaisir abonde.

Renée de la Rue, quant à elle, épouse Gabriel du Raynier ou de Reviers, sieur de Dorée (à Parçay-sur-Vienne). Ils ont une fille, Gabrielle, qui est qualifiée de dame de Dorée en 1603 [AD 37, 3E5 275].

Le 5 juin 1582, Renée et Marc achètent la seigneurie d'Orfeuil, voisine de la Côte [SAT, Gabeau, 1901]. À la fin du XVIe siècle Orfeuil appartenait aux héritiers de Guillaume Bohier, qui en était devenu propriétaire grâce à sa femme Marie d'Alès, qui en avait elle-même hérité de son père François d'Alès. Maire de Tours en 1536, 1549 et 1553, Guillaume est le fils de Thomas Bohier, constructeur de Chenonceau, et le frère d'Antoine, sur qui a été saisi le domaine avant que Marc de la Rue n'enchérisse dessus pour Diane de Poitiers. Après les La Rue, Orfeuil passe entre les mains des seigneurs de la Vallière, qui le vendent en 1669 à Louis Rouillé, alors seigneur de la Côte. Les deux seigneuries sont de nouveau liées, mais les bâtiments sont à la limite de la ruine et le château semble être détruit au milieu du XVIIIe siècle.
Les douves d'Orfeuil, apparaissant encore sur le cadastre de 1819.
Trois blasons de la famille Bohier ont été incrustés dans des niches sur la façade du château de la Côte. Ils ont certainement été récupérés lors de la démolition du château. Ces blasons ont par ailleurs causé de nombreux problèmes à certains historiens depuis le XIXe siècle, qui en déduisaient que les Bohier avaient été propriétaires de la Côte (mais n'arrivaient pas à les situer temporellement).
Le blason des Bohier sur la façade du château de la Côte
Le 30 juin 1582, Renée passe une procuration devant notaire. Les docteurs certifient qu'elle "est travaillée de long temps d'une grande hemorrhagie et vuidange de sang, qui la reprent toutes les fois qu'elle va aux champs ou qu'elle s'agitte tant soyt peu de corps et d'esprit et en oultre aussy est tourmentée d'une douleur de teste et d'une defflution de tout le costé gauche, avec douleurs nocturnes principallement et qu'il luy seroit impossible et mesme en ceste saison fort chaude, de faire long voyaige sans se mectre en danger évident de sa santé et de résister aux accidents fascheux qui ont accoustumé lui reprendre ordinairement quand elle s'agitte" [Prieur, 1904].

En 1587 et 1594 Anne et Renée de la Rue apparaissent dans des baux et dénombrements pour moitié de la terre du Thour [Jadart, 1897].

Le 26 avril 1591 Renée de la Rue donne procuration à Nicolas de la Rue pour recevoir de Guillaume Vincent, avocat au siège royal d'Etampes, 16 écus à cause de ses fermes d'Anvergille et Moret, dans l'Essonne. Rien ne permet de savoir si ce Nicolas est son frère, son oncle, son cousin, ou s'il n'a rien à voir avec la famille de la Rue [AD 37, 3E5 250]. Le 9 septembre 1595 Renée de la Rue passe procuration devant Charles Bertrand, notaire royal à Tours, pour rendre foi et hommage à l'abbé de Saint-Denis pour les terre et seigneurie des Murs d'Angerville. C'est vraisemblablement sa fille Gabrielle, puis son neveu Louis de Reviers/du Raynier, qui héritent de cette seigneurie [Menault, 1859]. Renée meurt le 1er février 1597 à Tours [AD 37, 3E5 264].


Le château de la Côte depuis les vignes de Valmer
La fin des La Rue à la Côte

En 1596, les seigneuries de la Côte et d'Orfeuil sont saisies à la requête de l'administration de l'Hôtel-Dieu de Tours et de Catherine-Anne Dupré, veuve de Pierre Binet, sieur de Montiffray, ayant les droits de Simon Testu, sur Renée de la Rue, héritière par bénéfice d'inventaire de Marc de la Rue. À cette date Renée semble donc être seule face aux enfants ou petits-enfants du deuxième mari de sa grand-mère. Le 17 mars 1597, à peine un mois et demi après la mort de Renée, un compromis est signé entre Jean Le Blanc, seigneur de la Vallière, et Jean Forget, président des enquêtes au parlement de Paris, concernant le partage du domaine : Jean le Blanc récupérerait Orfeuil, et Jean Forget la Côte. C'est dans ces conditions que l'adjudication a lieu le 21 mai. [SAT, Gabeau, 1901]. L'année suivante Jean Forget est élu maire de Tours, devenant ainsi le deuxième maire à posséder la Côte. Aucune autre famille ne possédera le château aussi longtemps que les La Rue, ce qui lui permettra de ne pas subir trop de transformations à l'extérieur. Il peut ainsi être regardé comme un exemple relativement préservé de l'architecture dans le val de Loire à la fin des années 1520, déclinaison réduite de Villandry, montrant également l'influence du chantier royal de Chambord sur les châteaux de la petite noblesse locale, influence qui, pour des raisons financières, ne pouvait que se limiter aux lucarnes sculptées.

Sources manuscrites :


Archives Nationales :

Minutier Central des Notaires :
- Etude LIV, 43 (13 février 1559, 4-6 mars 1559)

Série J - Trésor des Chartes :
- J 960 (mandements au trésorier de l'épargne de payer)

Bibliothèque Nationale de France :

- Français 5503 (« Lectres par lesquelles le roy reintègre son argentier maistre Marc de La Rue en son estat, duquel il l'avoit suspendu jusques à ce qu'il eust rendu ses comptes ». St-Germain en Laye, le 5e may 1528).
- NAF 21295 (mandements de paiements ordonnancés par les maires de Tours, IV, 1533-1540)

Archives départementales d'Indre-et-Loire :

Série E - Chartrier de Pocé :
- E 590 (déclaration de Marc de La Rue au seigneur de Pocé)

Série G - Clergé séculier :
- G 994 (testament de Perrine Le Fuzelier)

Sous-série 65 J - Fonds Reugny-La Vallière :
- 65 J 3
- 65 J 37

Sous-série 3E - Notaires :
- 3E1 71 (procès entre les seigneurs de la Côte et de la Vallière)
- 3E5 240 (sommation à André Dupuy par Renée de la Rue, 1586)
- 3E5 250 (procuration, 1591)
- 3E5 262 (procuration d'Anne de Rochefort, 1596)
- 3E5 264 (Renée de la Rue, 1597)
- 3E5 265 (offre de 33 écus par Balthasar Le Breton, 1597)
- 3E5 275 (Gabrielle du Raynier, 1603)


Sources imprimées :

- Dreux du Radier, Jean-François, Mémoires historiques, critiques et anecdotes des reines et régentes de France, Tome quatrième, Chez Michel Rey, Amsterdam, 1782.
- Procès-verbal de messieurs, de Thou president, Faïe, & Viole, conseillers en la cour de parlement à Paris, commissaires du roy en cette partie, Sur la reformation des Coustumes de Touraine, par eulx faite en l'an 1559, Par Olivier Tassereau imprimeur, Tours, 1566.
- Pernetti, Jacques, Recherches pour servir à l'usage de Lyon, ou les Lyonnois dignes de mémoire, Chez les frères Duplain, libraires, 1757.
- Tessereau, Abraham, Histoire chronologique de la grande chancellerie de France, Chez Pierre Emery, Paris, 1710.


Bibliographie :

- Avril, François, « Heures de Jean de La Rue et de Perrine Le Fuzelier », notice 98 du catalogue Tours 1500, Capitale des Arts, dir. Béatrice de Chancel-Bardelot, Pascale Charron, Pierre-Gille Girault, Jean-Marie Guillouët, Somogy, Paris, 2012, p. 346-347.
- Boureille, Pierre, Histoire des Montils, Imprimerie C. Migault et Cie, Blois, 1912, p. 245.
- Chevalier, Casimir, Histoire de Chenonceau : ses artistes, ses fêtes, ses vicissitudes, Imprimerie Louis Perrin, Lyon, 1868.
- Cugnac, Bertrand de, "Jonsac et Ozillac", Archives Historiques de la Saintonge et de l'Aunis, Tome XX, Paris et Saintes, 1892, p. 95-96.
- Guibert, Louis, Rocquencourt : ses origines, ses différents seigneurs, son histoire, Impr. de Cerf (Versailles), 1896.
- Hamon, Philippe, "Messieurs des finances", Les grands officiers de finances dans la France de la Renaissance, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, Paris, 1999, p. 317-370.
Jadart, H., "L'ancienne baronnie du Thour en Champagne", Revue de Champagne et de Brie, Tome neuvième, Arcis sur Aube, 1897, p. 116.
- Liné, Louis, Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France, tome sixième, Paris, 1839.
- Le Clech-Charton, Sylvie, Les notaires et secrétaires du roi et la commande artistique officielle : service du roi, des grands et de la ville. Bibliothèque de l'école des chartes. 1988, tome 146, livraison 2. pp. 307-335.
- Le Page, Dominique, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes 1491-1547 : étude d'un processus d'intégration au royaume de France. Troisième partie, Le personnel des finances face à l'intégration : mutations et origines. Chapitre VIII : Les origines du personnel ou Français et Bretons dans l'administration financière. Documentation française, 1997.
- Leveel, Pierre, Histoire de Touraine et d'Indre-et-Loire, C.L.D., 1988.
- Menault, Ernest, Essais historiques sur les villages de la Beauce : Angerville-la-Gate (village royal), Auguste Aubry, Paris, 1859.
- Pagazini, Xavier, « Les demeures aux champs des maires de Tours (1462-1528), lieux de délices du jardin de France », Art et société à Tours au début de la Renaissance, actes du colloque organisé au CESR du 10 au 12 mai 2012, dir. Marie Boudon-Machuel et Pascale Charron, Brepols, 2016, p. 59-74.
- Prieur, Albert, La France médicale, Paris, 1904, p. 262.
- Salmon, André, "Marché fait avec des maçons pour la construction de certaines parties du château de Chambord (9 mai 1554)", Bibliothèque de l'école des chartes, tome 18, 1857, p. 62-68.
- Vigie, Cyrielle, Etude architecturale et distributive du manoir de la Côte, Reugny (37), Mémoire de Master 1 d'Histoire de l'art, préparé sous la direction de Alain Salamagne, Juin 2013.

Bulletins de la Société Archéologique de Touraine :
- Bosseboeuf, L., L'hôtel Goüin, notes historiques, Tome XIII, 1901-1902, p. 213-256.
- Carré de Busserolle, Jacques-Xavier, Armorial général de la Touraine, Tome XVIII, 1866, p. 387 et 521.
- Cron, E., Les manoirs de Touraine de 1450 à 1550 : place, fonction, et forme, ou genèse régionale de la reconstruction, Tome XLV, 1997, p. 157-186.
- Gabeau, A., Etude sur le marquisat de la Vallière et les fiefs qui en dépendaient, Tome XIII, 1901-1902, p. 362-392 et p. 435-473.
- Grandmaison, Charles, Documents inédits pour servir à l'histoire des Arts en Touraine, Tome XX, 1870, p. 167-168.
- Lainé, E., Suppression de l'église Notre-Dame-de-l'Ecrignole, Tome XX, 1915.
- Lambron de Lignim, H., Notice sur un bas-relief de l'ancienne église de Notre-Dame-de-l'Ecrignole, Tome V, 1855.
- Noblet, J., Les cheminées dans l'architecture de la première Renaissance en Touraine, Tome XLVI, 2000, p. 281-301.