dimanche 30 mars 2014

Reugny : Le Château de Launay depuis 1942

En 1942, le département de la Seine achète le château de Launay à M. Lefébure pour y installer un sanatorium. Elle semblait très intéressée par le site, car il est écrit dans son registre de délibérations avant l'achat que "des pourparlers seront continués avec le propriétaire pour obtenir un meilleur prix, sauf à recourir, le cas échéant, à la procédure de réquisition ou d'expropriation."
De 1942 à 1944, le préventorium de la Rochelle se replie à Launay.
Un sanatorium est un établissement médical spécialisé dans le traitement des différentes sortes de tuberculose.
Il est basé sur le traitement par la cure d'air, de lumière et de soleil.
Mme Moreau raconte que dans les premières années de la guerre un convoi allemand débarqua en train avec du matériel, certainement dans l'espoir d'établir une petite base à Reugny. Apprenant l'existence du sanatorium, ils quittèrent très vite les lieux de peur d'être contaminés.
Le 5 août 1944, à l'occasion du crash d'un avion allié près du château de Launay (voir l'article), le docteur Lucie Dezderlé envoie une lettre à la femme du pilote : "j'ai quitté mon travail pour aller voir si je ne pouvais pas être utile. Helas ! Quand je suis arrivée sur les lieux où est tombé l'appareil il n'y avait plus rien à faire pour votre pauvre mari. Avec un de mes malades : Jean Claude Charprot nous avons mis le corps de votre mari à l'abri du soleil et pour vous j'ai coupé cette mèche de cheveux...".
En 1945, des plaintes sont faites à la mairie "contre la mauvaise odeur des égouts du sanatorium qui se déversent en bordure de la route de Reugny à Neuillé".
La plupart des patients venaient de la région parisienne. Carte envoyée par le sanatorium : "Madame, Nous venons de recevoir de la Préfecture de la Seine, le dossier de votre fille. Nous vous informons que nous lui réservons une place dans notre établissement. Le convoi partira mercredi d'Austerlitz à 8 heures 40, et arrivera à 11 heures 18 en gare d'Amboise, où notre ambulance attendra les malades. Que votre fille se munisse d'une couverture, et d'une bouillotte."
Dans une carte qu'une patiente a envoyé à sa famille dans les années 50, on peut voir le planning d'une journée de cure : "Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes, nous avons une bonne nourriture, de bons lits, et nous faisons la cure le matin, cure libre de 9h à 10h30 et cure silencieuse de 13h à 15h, et de 15h à 15h30 cure libre, après nous sommes libres. Le matin on se lève à 8h, on déjeune à 8h30, ensuite cure, après on va se promener, après à midi on mange, après cure jusqu'à 15h30, après libre jusqu'à 7h, ensuite on va dans sa chambre et on lit, faut éteindre à 8h30."
Les familles des malades venaient leur rendre visite le week-end et pendant les vacances, et logeaient à Reugny (à l'hôtel ou chez l'habitant). Les "estivants" créaient une dynamique à Reugny, d'autant plus qu'ils faisaient partie d'un milieu assez aisé. 
En 1960, la ville de Paris y installe un institut médico-pédagogique. Il s'occupait d'enfants présentant des difficultés scolaires et provenant de familles en difficultés. Le solarium est transformé en salles de classe.
Depuis 1973, il est occupé par le CESAP (Comité d'Etudes et de Soins Aux Polyhandicapés).
Sources : Les membres de l'atelier mémoire, Bulletin municipal officiel de la ville de Paris (1942), Mairie de Reugny (Registres de délibérations), Archives départementales d'Indre et Loire.

dimanche 16 mars 2014

Reugny : Le Château de Launay de 1800 à 1942

Après la mort de sa femme en 1806, Guillaume Delamardelle continue à vivre à Launay avec sa fille Elizabeth, qui épouse en 1809 Augustin Duchamp de la Frillière, secrétaire général de la préfecture d'Indre-et-Loire. Ce dernier est maire de Reugny de 1819 à 1821.
En 1848, Edmond Chédéhoux, vice-consul de France au Mexique à l'agence de Zacatecas, devient propriétaire du château. Il décède en 1883. Il est enterré au cimetière de Reugny. Son neveu, Victor Lefébure hérite du château.
Maire de Reugny de 1892 à 1923 et conseiller général du canton de Vouvray de 1907 à 1924, il était avant cela ingénieur des arts et manufactures. Il va moderniser le château, pour en faire un domaine complètement autonome.
Dès 1891, il fait construire un château d'eau couplé d'un bâtiment abritant un moteur électrique,
et des bâtiments annexes, servant de magasins et de buanderie.
Plusieurs plans conservés au château de Launay, datés de 1895 et réalisés par Victor Lefébure lui-même, montrent les grandes constructions qu'il réalise à cette époque. Ci-dessous l'orangerie.
Les bâtiments qu'il fit construire ont en grande partie subsisté jusqu'à nos jours, mais ils ont tous été transformés pour s'adapter aux différents établissements hospitaliers qui y ont pris place depuis 1942.
 Un autre corps de bâtiments abritait un logement, un pressoir, des étables et une laiterie.
Les plans sont extrêmement détaillés. L'ingénieur qu'était Victor Lefébure a réalisé pour son château une ferme comparable aux nouvelles fermes modèles de la fin du XIXe siècle.
 Il fait construire de grandes écuries couvertes d'un toit en zinc.
 Les caves situées sous le bâtiment existent toujours.
Enfin, il réalise plusieurs constructions d'agrément, comme la serre, dont la porte est surmontée du L de Lefébure.
Il ajoute une pièce au château. Elle devait accueillir son bureau et sa bibliothèque.
Faustin Aymé, père de Marcel Aymé, est régisseur du château de Launay en 1911. Cependant, rien ne prouve que son célèbre fils soit venu à Reugny.
Victor Lefébure réside au château de Launay jusqu'à sa mort en 1924. Son plus jeune fils, Edmond Lefébure, en est propriétaire jusqu'en 1942. Il ne devait pas vivre au château, puisqu'en 1936 seul un couple de jardiniers y est recensé.
En 1928 et 1929, Mme Dubois-Niboyet publie des annonces dans une revue parisienne : "Au château de Launay, entre Tours et Amboise. Au bord de la Brenne. Chambres et appartements avec salle de bain. Conditions pour séjours. Cuisine régionale. Parc 6 hect. Tennis. Garage." 
Sources : Archives départementales d'Indre et Loire, "Reugny au fil du XXe siècle", La Semaine à Paris (1928-1929), Inventaire départemental : Recherches historiques réalisées par Anne Debal-Morche, Conservateur du Patrimoine.

samedi 15 mars 2014

jeudi 6 mars 2014

Reugny : La Château de Launay au XVIIe et au XVIIIe

En 1635, le droit de ban est accordé par le seigneur de la Vallière au Sieur de Launay. C'est la première mention connue de Launay. C'est peut-être lui qui fait construire le château.
Son élévation sur la vallée est en pierre de taille et se décompose en cinq travées de fenêtres qui ont pu être modifiées plus tard.
Il a la particularité d'être couvert d'une double toiture à quatre pans.
La porte d'entrée se trouvant au centre de la façade est encadrée de deux pilastres à chapiteaux ioniques supportant un pseudo-entablement.
L'encadrement de cette porte est certainement le dernier élément d'origine, le reste du château ayant été très restauré au XIXe siècle.
À la différence de la façade sur la vallée, la façade arrière n'est pas en pierre de taille. La pierre de taille coûtant plus cher, elle était réservée aux façades visibles, laissant ainsi croire que tout l'édifice était en ce matériau.
En 1701, "Jacques Dubois, escuyer, seigneur de Launay, conseiller du Roy, commissaire ordinaire des guerres servant actuellement à l'avancée d'Italie" rend "foy et hommages au Roy" à cause des "droits des changes et honorifiques de la paroisse de Reugny" qu'il a acquis peu avant.
En 1741 : "La Maison de Launay, consistant dans un grand bastiment double couvert d'ardoises, 
distribué par le bas de deux grands vestibules, deux grandes chambres, plusieurs cabinets offices, chambres à côté, chambres hautes, vestibules, cabinets à côté, autres chambres en mansardes lambrissées, un grand degré pour y monter, une cuisine en bas, chambre au dessus couvert d'ardoises, une fuye à pigeons garnie de boulins de pigeons, un grand hangar à l'un des coins de la cour, une grande cour et terrasse devant, un puy dedans près la cuisine plusieurs bâtiments y joignant, 
devant est la basse cour qui consiste en une chambre à boullangerie et pressoirs, caves, granges, écuries, étables, remises, buchers, aisances et plusieurs greniers sur les bâtiments, une grande basse cour, plusieurs grandes portes cochères et charretières pour entrer dans lesdits lieux, un jardin en terrasse et en parterre, un autre grand jardin potager en bas orné de charmilles en allées..."
Cette description semblant présenter les mêmes bâtiments que ceux que nous avons vus précédemment, nous pouvons en déduire que le château de Launay ainsi que plusieurs de ses dépendances, dont le pigeonnier, ont été construits avant 1741. Il est possible que le château et le pigeonnier datent du début du XVIIe siècle.
En 1761, Guillaume Pierre François Delamardelle devient propriétaire du château. Il occupait en 1758 la charge de procureur du roi du bailliage du siège présidial et de police de Tours. 
En 1766, il chercha à convaincre Choiseul de l'utilité de créer en Touraine une Ecole royale des colonies. L'objectif était triple : politique (raffermir les liens entre les colons des Antilles et la métropole), pédagogique (soustraire les jeunes créoles aux collèges traditionnels) et professionnel (former des magistrats, des militaires et des négociants pour les colonies). Ce projet échoua, mais permit à son auteur de devenir un expert consulté par le gouvernement lors de la préparation de réformes judiciaires pour les colonies. 
En 1767, il est nommé procureur général de l'ancien conseil supérieur de Port au Prince à Saint-Domingue. 
Il revient en France en 1783 pour s'occuper d'une réforme de l'administration de la justice, mais retourne à Saint-Domingue de 1786 à 1789 où l'excellence de son travail en matière de justice impressionne de nombreux magistrats.
En 1800, Delamardelle administre la commune de Reugny et exploite ses bois dans lesquels il fait des coupes pour la marine ou pour lui-même.
Sources : Archives départementales d'Indre et Loire (65J2 - C654). Inventaire départemental : Recherches historiques réalisées par Anne Debal-Morche, Conservateur du Patrimoine. Tournerie Jean-André, Un projet d'école royale des colonies en Touraine au XVIIIe siècle. In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 99, numéro 1, 1992. pp. 33-60.