samedi 31 août 2013

Visite estivale nocturne du bourg de Reugny

Vendredi soir, le Pays Loire Touraine organisait sa dernière visite estivale nocturne de la saison.
Ce fut l'occasion de découvrir les monuments du bourg sous un nouveau jour.
Si vous l'avez loupée, vous pourrez vous rattraper l'été prochain... ou dans deux semaines aux Journées du Patrimoine, mais ça sera de jour !

mardi 27 août 2013

La ligne de chemin de fer Tours-Sargé

En 1863, une pétition est déposée en mairie de Reugny pour que la ligne Tours-Sargé passe par la vallée de la Brenne.
En 1881, lors du choix du tracé par le Conseil Général la "commission est d'avis que la halte de Neuillé le Lierre devra être remplacée par une station ouverte aux marchandises, qui est réclamée à bons droits par les habitants de cette commune. Les communes limitrophes de Montreuil et d'Autrèche en tireraient profit pour l'expédition de leurs vins et céréales."
La section Vouvray-Château Renault est inaugurée le 29 juillet 1894. Toutes les gares de cette ligne sont construites sur le même modèle, mais toutes n'ont pas conservé l'ensemble de leurs bâtiments.
La ligne partait de Tours, suivait la ligne Tours-Blois jusqu'à Vouvray, et la quittait juste après le pont de Montlouis. Elle traversait la Cisse sur un très beau pont, dont la photo datant du mois d'août 2013 le montre en restauration,
et traversait deux fois la Brenne à Vernou, sur l'emplacement de l'actuelle départementale.
Avant la gare de Chançay, on remarque un château d'eau, cela s'explique par le fait que la locomotive à vapeur consommait une quantité importante d'eau.
L'eau était pompée dans la Brenne par une pompe
qui se trouvait dans ce bâtiment.
La ligne arrivait ensuite à la gare de Chançay, puis elle continuait à Reugny, Neuillé le Lierre, Villedômer, Château-Renault... jusqu'à Sargé.
Sur les communes de Reugny et Neuillé, il reste : un petit bâtiment servant de W.C. et de lampisterie à Neuillé (c'était le local où étaient préparées et entreposées les lanternes à pétrole, notamment celles qui étaient accrochées sur l'avant des locomotives),
les deux "bâtiments voyageurs"
(plan du rez-de-chaussée),
trois maisons de garde barrière,
et les deux halles à marchandises (qui ont été très dénaturées).
Chaque gare possède son nivellement,
et même les poignées de portes sont estampillées "ST" (Sargé-Tours).
De nombreux ouvrages d'art ont dû être construits, les photos qui suivent ont toutes été prises à Neuillé...
et à Reugny...
Il existe également des constructions parallèles comme l'hôtel de la gare, devenu dans les années 1950 l'Auberge de la Brenne,
et des ponts pour accéder à la gare.
La ligne s'est trouvée coupée à deux reprises à cause des inondations de la Loire et de la Cisse, la première fois en mars 1895, moins d'un an après sa mise en service, et la deuxième fois en octobre 1907.
La construction de la ligne de chemin de fer a aussi été l'objet de discussions. Certaines personnes n'y voyaient aucune utilité. C'est le cas de M. Boutard, habitant Neuillé. Pour prouver l'inutilité de cette ligne il décide de partir en même temps que la locomotive, sur son grand bi, pour voir lequel arriverait le premier.
Photo de Wikipédia
Lorsque le train est arrivé en gare de Saint-Pierre des Corps 45 minutes plus tard, M. Boutard était déjà là !
Voici les horaires pour l'année 1907-1908 :
En 1908, "le Conseil avait émis le vœu que l'ancien train 962 partant de Tours à 6 h. 3. du matin et se dirigeant sur Sargé fût rétabli pour assurer le service postal du matin dans les communes de la vallée de la Brenne, où ce service est complètement désorganisé depuis l'horaire du 1er juillet dernier [1907] ; le premier courrier n'étant plus distribué dans ces communes qu'entre 10 heures du matin et midi. Ce vœu a été transmis par les bons soins de M. le préfet, ainsi que les protestations des conseils municipaux intéressés. Une pétition couverte par environ 1.300 signatures des habitants de Chançay, Reugny, Neuillé-le-Lierre, Villedômer, Crotelles, a été également transmise à M. le Ministre des Travaux publics par M. le Préfet à la date du 18 janvier dernier.[...] M. Foy s'associe aux conclusions de ce rapport. Il proteste contre la façon dont l'Administration supérieure, depuis 7 à 8 mois, a désorganisé le service postal dans les communes de la vallée de la Brenne. Et qu'on ne vienne pas dire que cette désorganisation est due à ce fait que l'heure d'arrivée du train postal a été modifiée sur la demande du Conseil Général. Le Conseil Général, quand il demande la modification d'un horaire, ne peut pas toujours savoir la répercussion que cette modification d'horaire aura sur tel ou tel service. Il appartient à l'Administration supérieure de l'en informer. L'orateur interviendra à nouveau auprès du Ministre des Travaux publics afin que, dans le plus bref délai possible, le service soit rétabli comme il l'était autrefois."
Pendant la Première Guerre Mondiale, au moins un train de blessés s'est arrêté sur la ligne, comme nous l'apprend une carte, envoyée de l'hôpital de Vatan, dans l'Indre, au maire de Reugny en mai 1918 : "Recevez Monsieur le Maire au nom de tous mes Camarades blessés du train sanitaire passé dans votre commune le 26 avril une reconnaissance des bons souvenirs de bontés de tous vos administrés".
Le 27 décembre 1934, "un train de marchandises venant de Châteaurenault a tamponné au passage à niveau de Chançay une auto conduite par M. Emile Grobois, 35 ans, boulanger. L'auto a été traînée sur une grande distance et on a retiré des débris le conducteur mortellement blessé."
En 1936, une demande est envoyée au conseil général afin de prolonger jusqu'à Reugny la ligne de bus Tours-Vernou. La réponse donnée par la préfecture fut : "Le prolongement jusqu'à Reugny du service automobile Tours-Vernou qui concurrençait le chemin de fer de l'Etat serait en contradiction avec les dispositions de l'article 5 du décret-loi du 19 avril 1934 sur la coordination des transports ferroviaires et routiers portant interdiction de créer de nouveaux services. Mais afin d'améliorer les relations du matin avec Tours, le réseau de l'Etat se propose de modifier prochainement la marche du train 2741, qui arriverait à Tours vers 9 h. 25 au lieu de 11 h. 4."
Le service voyageurs prit fin le 2 octobre 1938, et il y circula des trains de marchandises pendant encore quelques années.
En février 1940, le conseil municipal de Reugny "renouvelle ses protestations contre le service des cars ; Les retards atteignent des délais invraisemblables entraînant de longues attentes du public dans des conditions défavorables. La fréquence des pannes et telle que les arrivées deviennent normalement incertaines. Les voitures circulent toujours avec des surcharges qui rendent certainement dangereux ce mode de transport. Il y a unanimité pour réclamer la remise en service du tronçon de voie ferrée Châteaurenault-Tours par Reugny, comme cela a été fait pour la section Blois-Pont de Braye."
Pendant la seconde Guerre Mondiale, la ligne était très utilisée par les allemands.

Depuis 2014, une piste cyclable, la Voie Verte, emprunte le parcours d'une partie de la ligne. Elle permet de relier Reugny à Tours.

Sources : 
Registres de délibérations de la Mairie de Reugny.
Rapports et délibérations du Conseil Général d'Indre et Loire (1881 - 1908 - 1936).
Archives départementales d'Indre et Loire (E dépôt 194 Ø9 ; E dépôt 194 Q9).
Petit guide contenant la marche des trains, Les renseignements généraux sur le département d'Indre-et-Loire, Et l'indicateur des rues et places de la ville de Tours, Offert par le Grand Bazar et Nouvelles Galeries, Hiver 1907-1908.
L'ouest-Eclair (28/12/1934).
M. Schubert et M. Foussard.

samedi 24 août 2013

Reugny : Rue de la Grange des Dîmes

Vers 1790 : "Une grange dite la grange des dixmes située au bas du coteau de la Toucharault près le bourg de Reugny, construite en moellons et pierres de tailles à l'exception du pignon côté du nord qui est en colombages et torchis, couverte en thuilles". 
En 1794 : "Une grange composée de trois fermes dont une servant de batterie située près et au devant dudit Vieux château, bâtie en mur de moelon à chaux et sable, sauf le pignon côté du levant en collombage, couverte en thuile, joignant d'un long du nord et bout du levant au chemin de Reugni à Monnoye, d'autre long au chemin de Reugni au Veau, et d'autre bout à la terre réunie à la touche arrault, laquelle grange servait à serrer les grains qui provenaient des terrages de la ci-devant seigneurie de Reugni"
Le four banal de la seigneurie se trouvait au nord du chemin menant "du carroi de Reugny à Mellotin", surement près de cette ancienne ferme qui dépendait peut-être elle aussi du Château-Royal tout proche.
La grange aux dîmes se trouvait au niveau de l'actuelle Place du Vieux Château comme on peut le voir sur le cadastre de 1819. Elle est détruite peu après.
Sources : Archives départementales d'Indre et Loire (65J7 - C671).

mardi 13 août 2013

Chançay : Le Château de Valmer

En 1810, Thomas de Chabrefy est propriétaire de Valmer. Il sera maire de Chançay de 1815 à 1823.
Dans les années 1830, le château de Chanteloup à Amboise est acheté par un des démolisseurs de la "Bande noire" (à qui l'on doit également la destruction du château de Richelieu). Il vendit pierre par pierre le château, l'éparpillant dans toute la Touraine (par exemple à Tours). C'est donc à cette occasion que le propriétaire de Valmer pu acheter les quatre colonnes qui sont disséminées dans le parc.
Ces quatre colonnes proviennent du péristyle du château de Chanteloup.
Elles sont surmontées de vases provenant également de Chanteloup.
Dans le parc on remarque deux fabriques du 19e siècle : le Vide-bouteille,
et le Belvédère, qui possède un escalier menant à une petite plate-forme, et qui devait servir à surveiller les chasses.
Le château de Valmer est restauré tout au long du 19e siècle. En juin 1847, récent héritier et jeune marié depuis trois ans, Jérôme-Charles Valleteau de Chabrefy se résolut à mettre au goût du jour et à moderniser le château qu'il avait déjà décoré de divers souvenirs, en particulier des armes anciennes rapportées lors de ses voyages en Orient et la création d'un "salon japonais", par l'architecte Duban.
En 1856, l'architecte Jules de la Morandière ajoute notamment une cuisine entre le château et le coteau,
il refait toute la façade, mais pas à l'identique :
En comparant cette photo avec le dessin de 1695, on remarque d'importantes modifications : les fenêtres de la Renaissance sont refaites et surmontées de coquilles surdimensionnées, il supprime les meneaux, le porche d'entrée est supprimé, la porte est refaite...
Et il refait l'intérieur du château, en ajoutant par exemple une cheminée bizarre, peut-être faite de morceaux d'une ancienne cheminée...
En 1888, la famille Valleteau de Chabrefy vend le château aux Lefèvre.
En 1889, Paul Lefèvre convoque l'architecte tourangeau Léon Brey pour terminer la décoration extérieure du château. La façade nord, qui n'avait pas encore été touchée et présentait toujours son aspect Louis XIII d'origine est refaite :
il supprime le fronton, perce la toiture de quatre grandes lucarnes néo-Renaissance copiées sur celles du château de la Côte et ajoute des meneaux aux fenêtres.
Il refait également la partie ajoutée par Jules de la Morandière en remplaçant le premier étage par une loggia
Les communs aussi sont modifiés et agrandis avec notamment la construction de ces bâtiments.
Vers 1890-1900, M. Lefèvre fait redécorer la chapelle : sa porte d'entrée est surmontée d'un tympan de style Troubadour ou néo-gothique, et il commande à un maître-verrier de Tours des bordures pour encadrer deux vitraux du XVIe siècle qu'il venait d'acquérir chez un antiquaire.
En 1930, "le château et ses dépendances comprenant le pavillon Louis XIII, les terrasses et la chapelle creusée dans le rocher avec son autel" sont inscrits aux Monuments Historiques.
Le 31 juillet 1933, le comte de Saint-Venant publie une annonce dans le journal L'ouest-éclair : "donnerais en métayage à famille catholique, 1er novembre 1934, exploitation très prospère près Tours, 45 hect. terres, 15 près, 15 vaches."
Le château est détruit par un incendie le 20 octobre 1948. L'article de la Nouvelle République : "à environ 23 heures, le comte de Saint-Venant eut son attention attirée par de la fumée venant de la chambre d'une femme de ménage, sous les combles. La porte étant fermée à clé, un appel d'air se produisit qui aviva l'intensité des flammes. L'alarme fut aussitôt donnée et le personnel, comme toute la famille endormie dans le château, purent être évacués en temps utile. Il fallut toutefois attendre l'arrivée des pompiers de Tours, sous les ordres du commandant Gauthier et des lieutenants Baudoin et Rousselet, suivis par ceux de Vouvray commandés par le lieutenant Pesseau et le petite brigade des pompiers de Chançay du lieutenant Mordelet mais, à leur arrivée, le sinistre avait pris de telles proportions que la grande échelle qu'ils avaient apportée fut inefficace : il n'y eut bientôt plus que des murs noircis... Une grande lance fut cependant mise en batterie dans l'escalier principal de même que six petites lances alimentées par l'un des bassins du parc furent également dirigées sur le brasier. Hélas, malgré tous leurs efforts, les pompiers furent incapables d'enrayer l'incendie. Au cours de toute la journée du lendemain, les hommes ne purent que seulement noyer les décombres fumantes. Dès qu'il en eut connaissance, M. Buchet, chef de cabinet de M. le Préfet, s'est rendu sur les lieux. Une enquête est ouverte, pour définir les causes de cet incendie."
Impuissant devant un tel spectacle (il s'était surtout préoccupé de la sauvegarde des habitants du château et, en particulier, de sa belle-mère Mme Lefèvre qui ne voulait pas quitter les lieux malgré les flammes de toutes parts) "le comte de Saint-Venant nous parla de sa demeure dont il contemplait les tristes restes en nous précisant que c'est à plusieurs centaines de millions que l'on peut estimer les ravages".
L'enquête ouverte par la gendarmerie ne mit que trois jours pour conclure à la cause accidentelle : Une employée du château était partie le matin visiter sa famille en laissant branché le fer à repasser qu'elle venait d'utiliser. L'électricité étant coupée pour la journée, elle n'avait donc pas d'inquiétude et comptait revenir à Valmer le soir même, au moment de la reprise du courant. La malchance fit qu'elle manqua son autobus de retour : quand l'électricité fut rétablie en fin d'après-midi, le fer à repasser se mit donc à chauffer...
Venu sur les lieux trois semaines après le sinistre, l'inspecteur des Monuments Historiques ne put que constater que "le seul élément pouvant être conservé est la loggia, partie qui a le moins souffert mais dont l'architecture ne semble pas de nature à retenir l'attention".
La liste est longue de tout ce qui disparut dans cet incendie. Sur la photo suivante : la bibliothèque, ornée de tapisseries des Fables d'Esope, et d'une cheminée qui sera épargnée par l'incendie et qui ira décorer un manoir en Normandie.
Et le grand salon, orné d'un plafond attribué au peintre Le Moyne,
et où se trouvait une harpe qu'aurait tenue Marie-Antoinette.
Mme Lefèvre ne survécut pas à l'anéantissement de trente-cinq ans de patientes restaurations : elle mourut en effet quatre mois plus tard, le 9 mars 1949, laissant la propriété à sa fille, la comtesse Barré de Saint-Venant.
Finalement, le célèbre architecte tourangeau Maurice Boille remit en état l'aile basse des cuisines (dont l'intérieur a été réaménagé il y a quelques années, et qui peut être louée).
On y réutilisa en guise de cheminée un linteau sculpté d'une tête de cerf provenant d'une porte d'entrée du château et datant de la restauration de 1889,

Une cheminée du 18e sera, elle, installée au château de la Côte.
En septembre 1967, le comte de Saint-Venant demanda l'autorisation de raser les ruines du château, ce que l'inspecteur des Monuments Historiques accepta après avoir lui aussi constaté que "rien d'intéressant ne peut être sauvegardé, l'ensemble de ce château ayant été très remanié au XIXe siècle". Les ruines sont rasées en août 1968. De nos jours, l'emplacement des murs du château est reproduit par des ifs taillés.
Sources :  http://www.chateaudevalmer.com/Dictionnaire archéologique de Touraine (Ranjard), La Loire tourangelle (Georges Collon), Rivières tourangelles : La Brenne (SERIA), Base Mérimée, J. Vacquier, Société archéologique de Touraine (2001).