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samedi 7 septembre 2013

Comment soignait-on un curé au 18e siècle ?

Dans le registre paroissial de Reugny, à la date du 19 octobre 1722, on peut lire : "Maladie de Mr le Curé ayant [...] la goutte  crampe, il faut saigner Mr notre malade autant que la plénitude sera manifeste, les passer avec de l'eau de vie et si la fièvre continue on saignera Mr du pied gauche. Il sera bon ce soir de donner un léger somnifère et ensuite l'on ordonnera la purgation".
Estampe du 18e siècle

mercredi 8 mai 2013

Le vin et le vignoble de Vouvray à Reugny et Neuillé

Si la présence de vignes à Vouvray est attestée depuis l'Antiquité (introduites par Saint-Martin à la fin du IVe siècle), rien n'indique qu'il en existait aussi à Reugny, même si la proximité du monastère de Marmoutier a certainement facilité son implantation. En revanche il est quasiment sûr qu'elles étaient présentes au Moyen-Âge, et encore plus à la Renaissance, les rois de France appréciant en avoir à leur table. 
Château de la Côte, cave datant de la Renaissance

Entrée de cave ancienne en pleine forêt, près de la Galérie
Pour le XIXe siècle, l'exploitation du vin se mesure au grand nombre de bâtiments viticoles construits à cette époque. Il s'agit le plus souvent de petites caves associées à une ferme, l'exploitation de la vigne ayant cours parallèlement à l'exploitation générale de la ferme, mais il peut aussi s'agir d'une grosse exploitation, comme en témoigne le chai subsistant de Boissé, qui comportait deux pressoirs.
Le chai de Boissé, accolé au coteau et à ses caves
Plusieurs loges de vignes sont toujours observables sur le territoire, témoignage du parcellement de l'époque qui faisait que certains terrains n'étaient pas situés à proximité immédiate de l'habitation de son exploitant, qui pouvait donc s'abriter, se reposer et se réchauffer à l'intérieur lorsque les travaux des vignes le retenaient un peu plus loin de son domicile.
Une loge de vignes à Reugny
En 1882, le phylloxéra arrive en Touraine et détruit totalement la vigne. Ce n'est qu'au bout de plusieurs dizaines d'années qu'elle retrouvera, et dépassera, son ampleur de l'époque.

Pendant la Première Guerre Mondiale, du Vouvray (de Neuillé) est envoyé au front : "Monsieur le Président donne lecture de l'état de répartition établi entre les prestataires de la commune pour le contingent de vin à fournir (sur la récolte de 1917) à l'armée." [Registre de délibérations du Conseil municipal de Neuillé, 1917]
Dans une délibération de 1923 du conseil municipal de Neuillé, "le Président expose au Conseil dans quelle condition le syndicat viticole de Vouvray attaques les vignerons de Neuillé le Lierre, pour avoir déclaré leur vin blanc comme vin d'origine : (Vouvray). Le Conseil, après délibération, considérant qu'il n'y a pas moyen de défendre cette cause sans argent, vote une somme de 2000 francs pour les frais que pourraient occasionner ce procès."

Le 4 juillet 1929, dans le journal L'Ouest-Eclair, on peut lire que Neuillé n'est pas la seule commune à avoir des problèmes d'appellation, puisque même Reugny et Chançay sont concernées : "La Cour de cassation vient de rendre un arrêt intéressant relatif au droit à l'appellation du vin de Vouvray. Le Syndicat de défense du vin de Vouvray qui comprend les quatre communes de Vouvray, Vernou, Ste-Radegonde et Rochecorbon prétendait que cette appellation était réservée aux seuls vins récoltés sur leurs territoires et déniait aux communes de Noizay, Chançay et Reugny le droit de vendre leur vin sous le nom de Vouvray. La Chambre civile a repoussé la prétention du Syndicat de Vouvray. Elle a jugé que les vignobles des trois communes de Noizay, Chançay et Reugny plantés en pinots de la Loire et cultivés exactement suivant le mode pratiqué dans les quatre communes du Syndicat de Vouvray faisaient partie de l'ensemble géographique ayant les mêmes assises géologiques que les coteaux producteurs du Vouvray. En conséquence, l'arrêt de la Cour reconnait que les vins récoltés sur ces trois communes ont droit à l'appellation de Vouvray."
En violet les quatre communes désirant avoir l'hégémonie de l'appellation Vouvray pour leurs vins en 1929 ; En vert les trois communes ayant reçu l'autorisation d'utiliser l'appellation Vouvray la même année 1929 ; En bleu la commune qui sera intégrée lors de la création de l'AOC en 1936 ; En rouge, la commune qui ne sera jamais intégrée malgré ses revendications.

Le vignoble de Vouvray devient Appellation d'Origine Contrôlée par décret du 8 décembre 1936. Les règles à suivre pour pouvoir étiqueter son vin AOC Vouvray sont définie dans ce décret (Recueil des décrets d'appellations contrôlées promulgués du 8 décembre 1936 au 31 août 1938, Institut national des appellations d'origine, 1938, p. 47-49). Neuillé est alors définitivement exclue de l'appellation, ce qui permet d'imaginer l'issue du procès de 1923...

Et pourtant, le vin était très présent à Neuillé aussi, puisque la Maison Bellevue est construite par un grand courtier en vins (comme en témoignent les grappes de raisin représentées sur les carreaux décoratifs) ;
Neuillé, la Maison Bellevue
et un important vignoble existait à Bel Air, géré par M. Huard.
Neuillé, Carte postale du début du XXe siècle montrant les vendanges à Bel-Air, Collection des Archives Départementales d'Indre-et-Loire.
La création de l'AOC va permettre de développer le commerce du vouvray, et va contribuer à la spécialisation du métier : alors qu'auparavant la consommation était principalement familiale, les producteurs vont pouvoir diffuser leur vin à plus grande échelle.
Photographie des années 1930 prise depuis la place de la Halle (derrière le café-restaurant de la place de la République), Collection de Mme Colette Roulet.
Dans les années 1920, la prévention anti-alcool se développe, et prend place jusque sur le verso d'un cahier d'écolier...
En totale opposition avec cette prévention, un film de 1949 note que "À Reugny nous avons deux fontaines, la bonne et la mauvaise". On voit ensuite une jeune femme allant chercher de l'eau à la fontaine du lavoir, puis un verre rempli de Vouvray : "à vous de juger !".

Dans les années 1980, le passage de la ligne TGV est source de problèmes. Cette ligne allait ravager le territoire et faire trembler le vin dans les caves. Ainsi, dans le journal télévisé d'Antenne 2 du 17 mai 1984, on peut entendre : "Près de Tours, affrontement entre les forces de l'ordre et les viticulteurs qui manifestaient contre l'implantation du TGV. Deux gendarmes ont été légèrement blessés."

lundi 1 octobre 2012

Un élève de Bretonneau de passage à Reugny

Les Lettres d'un vétéran de l'école de Bretonneau, publiées en 1867, sont un très bon moyen de connaître les méthodes utilisées au XIXe siècle pour soigner les malades. Ces lettres furent, pour la plupart, envoyées au professeur Trousseau par J-F Miquel. Il a soigné plusieurs personnes à Reugny. Je vous invite à lire, c'est parfois... surprenant !
"La fille M... B... vint en 1825 pour soigner sa mère, atteinte de la scarlatine. Celle-ci demeurait au village de la Croix-Blanche, commune de Reugny. Cette fille venait d'une localité distante de quatre lieues, où la scarlatine n'avait point encore paru ; et dès le lendemain, elle était atteinte de fièvre, de mal de gorge, enfin elle avait contracté la maladie de sa mère."
"La femme M..., âgée de cinquante-six ans, demeurant à la Croix-Blanche, commune de Reugny, avait habituellement beaucoup d'embonpoint et le système vasculaire cutané assez développé. Le 9 juin, elle fut prise d'une sévère céphalalgie avec forte fièvre et mal de gorge ; dès le soir même, elle se fit une application de douze sangsues au col ; les piqûres saignèrent abondamment.
Le 10 juin, je la trouve avec la face rouge et animée, les yeux injectés, mais sans maladie des paupières ; son pouls est fréquent et petit, la céphalalgie très vive ; la langue est large, épaisse, blanche ; ses bords portent l'empreinte des dents ; les gencives sont gonflées et couvertes d'une exsudation albumineuse ; les tonsilles sont aussi un peu gonflées et couvertes de mucus ; elles sont peu douloureuses ; la soif est vive ; les envies de vomir sont continuelles ; la peau qui est sèche, rouge et brûlante, n'offre pas encore de papules apparentes ; cette malade se plaint de douleurs insupportables dans les membres et dans les épaules ; elle se plaint aussi d'une sensation de chaleur générale qui la tourmente beaucoup ; elle est allée à la selle sans dévoiement ; l'urine est rare, sans être plus colorée, et ne dépose pas ; il n'y a point de troubles pulmonaires.
Traitement. - Diète ; eau de gomme ; un peu de petit lait coupé, désiré par la malade ; gargarisme astringent.
Le lendemain 11 juin, la peau est d'un rouge brun ; elle est très brûlante ; l'éruption est des plus confluentes : agitation continuelle, plaintes, vomissements souvent répétés, impossibilité de supporter les boissons ; la soif est des plus vives : du reste, même état que la veille.
Traitement. - Boissons légèrement aromatiques ; on applique sur tout le corps des compresses trempées dans un mélange de deux livres d'eau et de deux onces d'extrait de Saturne : cette application est souvent répétée.
Le 12 juin, la malade est tranquille ; elle ne vomit plus, est modérément altérée ; elle se croit dans un autre monde ; son pouls est souple, quoique fréquent ; l'affectation de la bouche n'a pas augmenté. Il ne reste plus à la peau que des papules très distinctes ; mais cette peau n'est plus rouge : au contraire, elle a une teinte bleue qui disparaît sous le doigt ; elle n'est pas brûlante.
Traitement. - Je fais continuer les mêmes moyens ; la malade les demande avec instance, disant que chaque fois que son mari a négligé de renouveler les compresses, elle a éprouvé une cuisson semblable à celle d'une brûlure, et qu'elle se sentait retomber comme dans la journée.
Le 13, je la trouve levée, assise à sa porte et exposée au soleil. Cette imprudence, jointe à la cessation trop prompte des fomentations, firent qu'elle éprouva le soir une partie des accidents du 10 juin ; mais elle fit aussitôt de nouvelles fomentations, entra très promptement en convalescence : peu de jours lui suffirent pour reprendre ses occupations pénibles ; la desquamation fut lente et sans accidents."
"Louis L.. de Reugny, 19 ans, blond, peau vasculaire, taille moyenne, mais de large stature, depuis un mois était valétudinaire par suite d'une irritation gastro-intestinale. Le 11 juin 1825, après avoir dîné copieusement, il fut pris, vers trois heures, d'une forte fièvre avec mal de gorge : ces accidents s'accrurent jusqu'à ma visite du lendemain 14 juin, à huit heures du soir. À ce moment, il était dans une agitation presque continuelle, et se croyait, disait-il, dans un four assez chaud pour cuire du pain. Il avait la peau sèche, d'une rouge brun et complètement couverte d'une quantité infinie de papules miliaires, qui lui causaient une démangeaison excessive. La soif était inextinguible : j'ôtai de ses côtés un plat plein de rôtie au vin blanc, dont il avait bu une quantité considérable, si j'en juge par le liquide qu'il but depuis ce moment jusqu'au lendemain, la soif ayant été la même ; le pouls était petit, serré, excessivement irrégulier et très fréquent, la langue large, blanche, épaisse et très parsemée de petits points rouge, l'intellect sain mais obtus. Il sortait par le nez une quantité considérable d'un ichor fétide ; les tonsilles étaient peu gonflées, rouges ; la déglutition n'était pas très pénible ; il n'y avait point de vomissements, ni de diarrhée ; le ventre était souple, l'urine peu abondante, souple, sans sédiment.
Prescription. - Eau de gomme et eau pannée, dont il boit au moins quatre litres en douze heures ; conseil de rafraîchir l'appartement qui était une véritable étuve où l'air ne pouvait se renouveler. Le malade devait être couvert de compresses d'eau de Saturne, fréquemment renouvelée, à peine tiède : aucune de ces précautions ne fut observée. L'air de cette étuve ne fut même pas renouvelé ; deux seules compresses imbibées furent mises sur le ventre et les cuisses ; la mère, seule garde qui vaquait aux soins de la ferme, fut d'une incurie inconcevable ; ces deux seuls linges ne furent ni maintenus, ni renouvelés.
Le lendemain matin à 8 heures 1/2, je trouvais tous les signes précurseurs de la mort : sens obtus, état soporeux, yeux ternes, chassieux, respiration haute, pouls incapable d'être compté, tant les battements étaient fréquents et irréguliers : même état de la peau, quoique les papules fussent plus saillantes. Je n'ai jamais observé une plus grande confluence, ni éprouvé une sensation de chaleur à la main plus forte en touchant un malade ; point d'autres changements notables. Je couvris moi-même L... de compresses. Il sortit de sa torpeur pour témoigner combien il était soulagé, ajoutant que les linges se réchauffaient beaucoup trop vite. Je recommandai vainement de proportionner les soins au danger et de renouveler souvent les linges. Qu'on juge si cela fut fait : il ne fut pas dépensé deux litres d'eau blanche en dix heures.
À six heures du soir, j'appris que c'était moi qui, en le mouillant, lui avais arraché la dernière plainte. La respiration était stertoreuse, les yeux fixes, les pupilles contractées, la face vultueuse, les extrémités pâles ; la rougeur allait décroissant du corps aux extrémités. Il y avait eu encore une quantité considérable de boisson donnée : le pouls était moins serré, plein. Je titillai la luette et déterminai un vomissement considérable. - Potion éthérée, saignée ; trois heures après, le malheureux avait cessé de vivre."
"Le premier cas fut celui d'un nommé G..., taillandier à Reugny, âgé de cinquante-huit à soixante ans ; ce malade souffrait depuis longtemps d'une sciatique chronique. Les premiers accès se caractérisent par une grande aggravation de sa douleur ; il avait donc une véritable sciatique intermittente double tierce. On lui conseilla un purgatif énergique. Dès ce moment, sa sciatique intermittente fut remplacée par une hémorrhagie intestinale, également intermittente et, quand je fus appelé, il y avait déjà quelques heures que le troisième grand accès avait cessé. J'eus à constater seulement la quantité de sang qui avait été rendu. Je me hâtai d'administrer du quinquina, tout en témoignant la crainte que son administration fût trop tardive. Cette révélation ne fût pas inutile pour mon crédit naissant ; car, à l'heure indiquée pour l'accès suivant, G... mourut comme frappé par la foudre en évacuant du sang et de la lavure de chair."

Sources : 
- J.-F. Miquel, Lettres d'un vétéran de l'école de Bretonneau, Tours, Imprimerie Nouvelle, 1867.