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samedi 15 février 2014

Un viol en 1794

Affaire trouvée par Louis Tricot : "En 1794, le 24 germinal (13 avril), une certaine "Marie Fournier, fille majeure de 23 ans, demeurant à Cestres depuis 2 mois dans la maison de la veuve Michel Fournier sa tante" comparait devant la municipalité. À la saint Jean-Baptiste 1793, dit-elle, elle se plaça chez Gatien Aubert, meunier au moulin de Touvoie, à Rochecorbon. Celui-ci ne tarda pas à la "solliciter plusieurs fois d'avoir des habitudes avec lui". Elle résista. Mais dans les premiers jours de septembre, seule avec lui dans "un grenier de la principale chambre où elle était allée pour chercher des feuilles d'ormeau", Aubert s'empara d'elle et "parvint à la connaître charnellement malgré toutes les résistances". Enceinte de 8 mois elle fait cette déclaration "tant pour satisfaire à la loi que pour se mettre dans le cas de se pourvoir contre ledit Aubert pour lui procurer les secours qui lui sont dus". Mais elle ne put signer, ne sachant pas même écrire son nom."

dimanche 18 novembre 2012

Un violeur à Neuillé en 1728

"Procès verbal de capture et d'emprisonnement de Nicolas Laigneau et plainte :
Aujourd'hui, deuxième jour d'avril 1728 [...] sur l'avis à nous donné et la plainte à nous faite par la nommée Jeanne Mabille, veuve Jacques Gaudin, demeurant au hameau de Vaubrault, paroisse de Nazelles, que le lundy 29e jour du mois dernier, sur les trois heures du soir, gardant ses bestiaux le long du chemin qui va de Nazelles à Vaubrault,
elle fut attaquée par un homme à elle inconnue qu'elle a appris depuis être le nommé Nicolas Laigneau demeurant au lieu du petit Morié parroisse de Neuilly le Lierre, lequel lui demanda le chemin de Baudé [...] et à l'instant le dit homme se jeta sur elle et se mit au devoir de la violer et insulter, la dite Mabille défendre autant qu'elle le put, il la mit tout en sang et lui pressa si fort l'estomac qu'elle demeura presque évanouie sur la place et étant sur [??] plusieurs personnes qui la trouvèrent en cet état ils arrêtèrent ledit Laigneau, le retinrent quelques temps, lequel convint de l'action cy dessus qu'il venait de faire disant qu'il fallait qu'il fut [??] ou que le diable le posséda pour avoir commis une pareille action. Ce que ayant appris nous nous sommes transportés au lieu du Petit-Morié situé en la paroisse de Neuilly où ledit Laigneau fait sa résidence, y étant arrivés sur les 4 heures du matin, sommes entrés dans ladite maison et avons saisis ledit Laigneau au corps, l'avons fait et constitué prisonnier et [??] conduit au logis de ladite Mabille veuve Gaudin, qui l'a reconnu pour être le même qui l'a insulté sur le grand chemin de Nazelles à Vaubrault ledit jour 29 du mois dernier, et ledit Laigneau reconnu ladite Mabille veuve  Gaudin pour être celle qu'il a eu le malheur d'insulter ledit jour, dont il lui a demandé pardon en notre présence, ladite Mabille se plaignant beaucoup d'une oppression d'estomac qu'elle a toujours ressentie [...] qui lui empêche la respiration bien qu'elle ait été soignée à ce sujet par le sieur Perrin chirurgien habitué au bourg de Noizay, ce fait avons continué notre marche et conduit ledit Laigneau en prisons royaux de cette ville d'Amboise...". Je crois que la prison se trouvait au château à cette époque...
Rien ne nous dit s'il y est resté longtemps, et on ne sait rien sur ce qu'il est arrivé à Jeanne Mabille.
Sources : Archives départementales d'Indre et Loire (3B14).

lundi 20 août 2012

Reugny : L'émeute de 1785

(D'après un texte de Louis Tricot) : Le 8 juin est traditionnellement jour de foire à Reugny. En cette année 1785, elle se tient comme à l'accoutumée, de l'autre côté de la Brenne, à la Croix du coteau. Bien qu'il soit déjà autour de sept heures du soir, nombre de chalands peuplent encore le champs et nombreux sont les clients attablés aux étals, sous la tente des débitants de vins. Ceux-ci sont de deux sortes : les cabaretiers professionnels et des gens d'autres corporations qui, en cette circonstance exceptionnelle, ont apporté quelques fûts après avoir obtenu préalablement l'autorisation de vente ; il n'est pas même exigé d'être habitant de la paroisse pour être admis à devenir "bistrot occasionnel".
Les commis en second : Antoine Croizet et Louis Renard, de la régie des aides d'Amboise, viennent opérer leurs vérifications. Ils s'occupent précisément de la vente du cabaretier Sorin, aux fins de recouvrer le droit correspondant ; ceci fait, ils passent à la tente de René Gallois, un boisselier de Vernou, qui a mené deux quartiers de vin. Il possède un "congé" régulier du bureau de Vernou du 7 juin. Au moyen d'une baguette à feu introduite par la bonde, l'un des commis constate le débit : les sept huitièmes, ce dont le débitant est d'accord ; la somme à payer se monte à 10 livres 12 sols et 1 denier. Le commerçant demande une quittance, que le commis rédige sur la champ et la tend à Gallois ; celui-ci la prend, mais l'autre ne la lâche pas, exigeant l'argent à l'instant. D'un coup sec, le dit Gallois arrache le feuillet et le met en morceaux. "Cet acte de violence nous met dans le cas de représenter au sieur en parlant à sa personne qu'il était d'ordre que le redevable compte la somme due au percepteur avant que celui-ci en remit la quittance, que sa conduite à ce principe donnait lieu de soupçonner de sa part un dessein de s'emparer de la quittance sans en payer le montant." Gallois, alors, avisant les buveurs, leur crie : "Voyez donc ces bougres de voleurs là ! Ils me prennent pour un coquin ! Ils mériteraient bien qu'on leur foute une volée !"
Les hommes, dont le beau-frère de Gallois et un fagoteur d'Autrèche se lèvent : "Il faut faire comme à Châteaurenault : foutre des coups à ces foutus gueux-là !"
Tous, le débitant compris, armés de gros bâtons et de leviers à usage de charrettes, foncent sur les commis, les frappent, les obligent à reculer et s'emparent de leurs chevaux.
Pour se défendre, et intimider leurs agresseurs, les deux agents du fisc tirent leurs sabres et leurs pistolets (seulement chargés à poudre). L'effet est néfaste. Une dizaine de déchaînés, dont Sorin le cabaretier et un tonnelier de Vernou, assaillent de toutes parts les deux commis. Les spectateurs, alentour, vocifèrent : "Tuez ces bougres là" et lancent des pierres.
Les représentants de la loi plient, abandonnant les droits recouvrés. Renard reçoit à l'estomac un coup de levier, Croizet est touché à la poitrine par un autre levier, reçoit deux coups de bâton sur le bras, son sabre est brisé, l'agent du fisc braque son pistolet en direction de son agresseur, un coup le frape au poignet et l'arme tombe.
Les commis désarmés fuient vers le bourg, mais ils sont rejoints au pont sur la Brenne par la meute hurlante. Quelqu'un saisit Croizet au collet, les bâtons se lèvent sur sa tête. C'en est fait, la mort est certaine.
À ce moment, le hasard amène en ce lieu Vaslin, le chirurgien de Reugny. Il se jette dans la mêlée, protège de son corps l'infortuné Croizet. Il pare les coups, en reçoit. Alors survient Renard, moins assailli qui, sabre au point, se frayant un passage, les dégage. Vaslin reste à parlementer avec les rebelles enfin contenus. Avant de faire retraite, les commis déclarent hautement qu'ils vont dresser procès-verbal pour troubles et voies de fait, "garants et responsables des pertes d'argent et des chevaux".
Durant la confection du procès-verbal au domicile du buraliste, sous huées et injures, le chirurgien Vaslin ramène les chevaux. Incontestablement, l'affaire est grave : elle montre la haine et la colère des "rebelles".
Le rapport des commis est étudié à Amboise le lendemain. Une supplique est adressée au régisseur des aides et droits à Paris ; les coupables sont accusés d'avoir "concerté ce complot odieux", ils méritent le "dernier" supplice. Il faut "punir exemplairement ces voleurs assassins qui ont cru comme étrangers et à la faveur d'une rébellion commettre impunément envers les employés de la régie des vols et des violences". S'ils n'ont pas écrasé Vaslin, c'est parce que les émeutiers ont préjugé "que des attentats contre un citoyen fixent bien plus le regard de la justice que lorsque ces mêmes attentats ne sont exercés que contre des commis". Il faut extirper ce préjugé "par un châtiment sévère". "La multitude toujours portée à combattre le fisc, secoue d'autant plus aisément le joug des aides que partout un faible nombre d'employés lui est opposé". Le peuple est dans la dangereuse opinion que les commis ne doivent point faire usage de leurs armes, en sorte que le simple bâton d'un rebellionnaire est pour lui une arme invincible.
Quatre années plus tard, le cahier de doléances de cette même paroisse portait ces phrases (entres autres) : "La nation est vexée sans cesse par les employés à la perception des droits d'aydes toujours occupés à supposer de la fraude dans les cas même où la bonne foi est dans la plus grande évidence."
"Combien... n'exige-t-on pas de formalités dont la plupart sont ignorées et qui n'ont été imaginées que pour mettre plus d'entraves et rendre les particuliers plus exposés à l'avidité des commis, qui n'acquièrent l'estime et la faveur de leurs commettants que par la multiplicité des persécutions et des injustices ?"
Et enfin : "Plus de la moitié de ces droits qui collectionnent puis forment un objet considérable est absorbée par les frais de perception."

Bulletin de la Société archéologique de Touraine :
- Louis Tricot, L'émeute de 1785 à Reugny, Tome XXXVIII, 1977.