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mardi 8 octobre 2013

Les intérieurs de Valmer en 1929

Dans l'ouvrage "Les anciens châteaux de France" par J. Vacquier, publié en 1929, trois photographies sont consacrées à l'intérieur de Valmer. Sur la première, qui est une cheminée, les peintures doivent être d'origine, contrairement au reste de la cheminée. Le personnage au centre semble être Henri IV, ce qui permet de dater la cheminée de la fin du XVIe siècle. Elle aurait donc été élevée par un Coustelly. La présence d'un portrait d'Henri IV à Valmer peut paraître évidente, car la famille Coustelly a surement gardé un très mauvais souvenir des Guerres de Religions. En effet, en 1562, une troupe de protestants pilla le château, et brûla les pieds de la fille de Jean Coustelly, alors maire de Tours, pour la contraindre de leur dire où il cachait son or et sa vaisselle d'argent. La famille Coustelly dû donc être très soulagée par les actions d'Henri IV.
 Les deux autres photographies présentent une chambre et un salon. Ils sont tous les deux ornés de décorations datant des 17e et 18e siècles.
Tout ceci disparut lors de l'incendie du château le 20 octobre 1948.

lundi 9 septembre 2013

Chançay : "Belle et bonne terre à vendre", Valmer en 1736

"Belle et bonne terre située en Touraine, à trois lieues de Tours, deux d'Amboise, trois de Chasteau-Renault, et à trois quarts de lieues de la rivière de Loire, à vendre. La Seigneurie de Valmer [...] forme une terre considérable dans un des meilleurs et plus fertiles cantons de la Touraine, paroisse de Vernou, près le bourg de Chançay, sur la rivière de Branne.
Le Château, presque au milieu de ses domaines, est situé très avantageusement sur le penchant d'une coline, qui se termine pas de belles issues et des ouvrages de décoration. C'est un vaste bâtiment double, d'une riche élévation, dont les appartements sont beaux et bien distribués, les vaisseaux commodes, bien percés et ornés de menuiseries très propres. Son parc et sa futaye, ses magnifiques terrasses et jardins, sa pièce d'eau, ses avenues, la rivière qui passe au pied, en font une Maison extrêmement agréable ; enfin sa vue sur une prairie et varenne d'une lieue de long sur demi lieue de large, entourées de côtes très élevées et chargées de vignobles, lui donne un avantage peu commun.
L'entrée principale est par une avenue en face du château à quatre rangs de marronniers d'Inde et francs qui sépare en deux portions presque égales une grande pièce de terre labourable dépendante du château ; au bout de cette avenue qui se termine en forme de fer à cheval est un grand portail par lequel on entre dans une cour en pente douce ornée d'ifs et de houx.
À la droite de cette cour en entrant sont trois corps de bâtiments en pavillons, couverts d'ardoises ; deux servant d'écuries et chambre pour les cochers et palefreniers, l'autre dans lequel sont trois grands pressoirs à roues et bosseaux, et quatre grandes cuves. Dans ces trois pavillons, sont de beaux greniers.
Une cour derrière le troisième pavillon, dans laquelle sont une chambre, une laiterie voûtée et pavée, une cave en roc, une étable et les remises à carrosses et chariots.
Au midi et à côté de la cour et pavillon ci-dessus, est une basse cour renfermée, dans laquelle sont un bâtiment très logeable, servant de tourne-bride, deux grandes écuries, grenier dessus, chenil à chiens courants, une chambre à côté, une grande grange servant à resserrer les dîmes et terrages, toits à porcs, remises à charrettes, une grande et magnifique fuye garnie de pigeons, 
deux grandes caves en roc, une brûlerie avec son puits et ses deux chaudières montées ; derrière et à côté de ladite cour un grand verger.
De la cour d'entrée premièrement désignée, on passe à celle du château et qui est également en pente douce, mais beaucoup plus élevée, faisant forme de terrasse, ornée d'ifs et de houx ; entre ces deux cours est une douve ou fossé sec, sur lequel est un pont de bois très propre et bien bâti, soutenu par plusieurs piliers de pierre dure, 
à l'entrée de cette cour joignant le pont sont deux pilastres soutenant une porte de fer à deux battants très bien façonnés.
Dans cette cour devant et joignant le château, une petite terrasse en forme de fer à cheval, 
sur laquelle est un très beau perron et un portail très propre, faisant entrée à la grande salle, 
distribuée à deux appartements complets sur le devant, et sur le derrière, par deux portes vitrées, d'un côté à un grand salon boisé en plein très propre, dépense et office ; de l'autre à un vestibule dans lequel est un large et magnifique degré, qui perce et communique jusqu'au haut du bâtiment, ensuite une grande cuisine, décharge de cuisine, et chambre pour les cuisiniers. 
Au second étage, une antichambre qui distribue à trois appartements complets sur le devant, et à trois sur le derrière, un degré dérobé pour le service desdits appartements, un pont-levis de communication dudit second étage à l'une des terrasses ci-après.
Au troisième étage, plusieurs chambres à cheminées et cabinets en mansardes très propres, comble dessus couvert d'ardoises, gouttières et tuyaux de plomb descendant jusqu'en bas ; toutes les croisées des premiers et seconds étages sont fermées par des portes vitrées en toute leur étendue et garnies de balcons très propres.
Une grande cour sur le derrière du château, dans laquelle sont une très belle étuve garnie, une boulangerie à trois fours, bûchers, aisances, plusieurs caves en roc, dont une perçant de ladite cour dans la parc, dans laquelle est une autre grande cave de traverse.
Sur la cour de devant, et à côté du château, à une distance suffisante, est un beau pavillon couvert d'ardoises, servant de commun, commode et bien distribué.
Une belle et grande chapelle, joignant ledit pavillon, boisée, plafonnée, peinte en fresque, par tableaux, figures et pilastres, crédences, sacristie boisée et parquetée, dans laquelle sont les armoires où on resserre plusieurs beaux ornements de valeur de plus de quinze cent livres, dont on donnera le détail particulier.
À côté du château est une terrasse, de laquelle par un pont-levis on entre dans le second étage, les murs sont très forts et revêtus de briques en créneaux, une statue au milieu représentant Caïn ; ladite terrasse fermant d'un côté la cour du château.
Une autre terrasse élevée sur celle ci-dessus, aux deux coins de laquelle sont deux beaux pavillons couverts d'ardoises, ouverts dans les quatre faces par de belles croisées et portes vitrées, lesquelles terrasses et cabinets dominent sur les côtés qui bordent la plaine, et forment une vue très étendue et très agréable.
De l'autre côté du château, la cour qui forme une terrasse est fermée par un mur d'appui, au milieu est une porte de fer à deux battants, façonnée, soutenue par deux piliers ; 
un magnifique perron à deux rampes, en fer à cheval, de dix-huit marches de pierre dure, 
par lequel on descend dans une belle terrasse où est un magnifique parterre planté par compartiments en buis, ifs et arbrisseaux ; au milieu est une statue de marbre blanc, représentant les amours de Jupiter et de Leda ; 
à l'un des bouts est un bosquet en charmille.
Vis-à-vis le perron ci-dessus, est un pareil perron de vingt-cinq marches de pierre dure, par lequel on descend dans le jardin potager, renfermé de bons murs, distribué en plusieurs carrés, 
au milieu une statue de marbre blanc ; aux deux extrémités, deux tours couvertes d'ardoises servant de logements pour les jardiniers.
Aux deux côtés des parterre et jardin, deux grands vergers aussi renfermés de bons murs, 
dans l'un desquels est la glacière ; vis-à-vis lesdits perrons est une belle et large grille et porte de fer à deux battants avec un beau perron de la largeur de la grille, descendant dans le chemin de Vernou.
Lesdites terrasses, parterre et jardin garnis en suffisante quantité de bancs peints et très propres.
Vis-à-vis la porte dudit potager, le chemin entre-deux, est une autre porte de fer à deux battants avec ses deux piliers, qui conduit par une allée d'ormeaux à quatre rangs à un canal et pièce d'eau vive perpétuellement plein ras bord ; deux canaux aux deux bouts communiquant à la rivière, l'un servant à l'entretenir toujours plein et l'autre à le décharger, ledit canal entouré d'une allée d'ormeaux [...].
De la cour du château, on entre dans le parc, contenant cent-vingt arpents renfermés de bons murs, dans lequel à l'extrémité et sur la hauteur, sont dix arpents de vignes en une pièce, partie en plan noble, partie en pineaux, 
le surplus en bois, la plus grande partie futaye, coupés et percés de grandes et belles allées qui forment plusieurs étoiles, pattes d'oies et labyrinthes, garnis de bancs propres et peints, plusieurs cabinets couverts d'ardoises, perspectives et statues.
Vingt-cinq arpents de vignes, compris les dix arpents qui sont dans le parc ; 
le tout à proximité, en grandes pièces très bien situées et des meilleures du pays, produisant d'excellent vin et des plus recherchés ; lesdites vignes façonnées par huit closiers qui sont logés dans des maisons dépendantes du château..."
Sources : Archives départementales d'Indre et Loire (12J15).

mardi 13 août 2013

Chançay : Le Château de Valmer

En 1810, Thomas de Chabrefy est propriétaire de Valmer. Il sera maire de Chançay de 1815 à 1823.
Dans les années 1830, le château de Chanteloup à Amboise est acheté par un des démolisseurs de la "Bande noire" (à qui l'on doit également la destruction du château de Richelieu). Il vendit pierre par pierre le château, l'éparpillant dans toute la Touraine (par exemple à Tours). C'est donc à cette occasion que le propriétaire de Valmer pu acheter les quatre colonnes qui sont disséminées dans le parc.
Ces quatre colonnes proviennent du péristyle du château de Chanteloup.
Elles sont surmontées de vases provenant également de Chanteloup.
Dans le parc on remarque deux fabriques du 19e siècle : le Vide-bouteille,
et le Belvédère, qui possède un escalier menant à une petite plate-forme, et qui devait servir à surveiller les chasses.
Le château de Valmer est restauré tout au long du 19e siècle. En juin 1847, récent héritier et jeune marié depuis trois ans, Jérôme-Charles Valleteau de Chabrefy se résolut à mettre au goût du jour et à moderniser le château qu'il avait déjà décoré de divers souvenirs, en particulier des armes anciennes rapportées lors de ses voyages en Orient et la création d'un "salon japonais", par l'architecte Duban.
En 1856, l'architecte Jules de la Morandière ajoute notamment une cuisine entre le château et le coteau,
il refait toute la façade, mais pas à l'identique :
En comparant cette photo avec le dessin de 1695, on remarque d'importantes modifications : les fenêtres de la Renaissance sont refaites et surmontées de coquilles surdimensionnées, il supprime les meneaux, le porche d'entrée est supprimé, la porte est refaite...
Et il refait l'intérieur du château, en ajoutant par exemple une cheminée bizarre, peut-être faite de morceaux d'une ancienne cheminée...
En 1888, la famille Valleteau de Chabrefy vend le château aux Lefèvre.
En 1889, Paul Lefèvre convoque l'architecte tourangeau Léon Brey pour terminer la décoration extérieure du château. La façade nord, qui n'avait pas encore été touchée et présentait toujours son aspect Louis XIII d'origine est refaite :
il supprime le fronton, perce la toiture de quatre grandes lucarnes néo-Renaissance copiées sur celles du château de la Côte et ajoute des meneaux aux fenêtres.
Il refait également la partie ajoutée par Jules de la Morandière en remplaçant le premier étage par une loggia
Les communs aussi sont modifiés et agrandis avec notamment la construction de ces bâtiments.
Vers 1890-1900, M. Lefèvre fait redécorer la chapelle : sa porte d'entrée est surmontée d'un tympan de style Troubadour ou néo-gothique, et il commande à un maître-verrier de Tours des bordures pour encadrer deux vitraux du XVIe siècle qu'il venait d'acquérir chez un antiquaire.
En 1930, "le château et ses dépendances comprenant le pavillon Louis XIII, les terrasses et la chapelle creusée dans le rocher avec son autel" sont inscrits aux Monuments Historiques.
Le 31 juillet 1933, le comte de Saint-Venant publie une annonce dans le journal L'ouest-éclair : "donnerais en métayage à famille catholique, 1er novembre 1934, exploitation très prospère près Tours, 45 hect. terres, 15 près, 15 vaches."
Le château est détruit par un incendie le 20 octobre 1948. L'article de la Nouvelle République : "à environ 23 heures, le comte de Saint-Venant eut son attention attirée par de la fumée venant de la chambre d'une femme de ménage, sous les combles. La porte étant fermée à clé, un appel d'air se produisit qui aviva l'intensité des flammes. L'alarme fut aussitôt donnée et le personnel, comme toute la famille endormie dans le château, purent être évacués en temps utile. Il fallut toutefois attendre l'arrivée des pompiers de Tours, sous les ordres du commandant Gauthier et des lieutenants Baudoin et Rousselet, suivis par ceux de Vouvray commandés par le lieutenant Pesseau et le petite brigade des pompiers de Chançay du lieutenant Mordelet mais, à leur arrivée, le sinistre avait pris de telles proportions que la grande échelle qu'ils avaient apportée fut inefficace : il n'y eut bientôt plus que des murs noircis... Une grande lance fut cependant mise en batterie dans l'escalier principal de même que six petites lances alimentées par l'un des bassins du parc furent également dirigées sur le brasier. Hélas, malgré tous leurs efforts, les pompiers furent incapables d'enrayer l'incendie. Au cours de toute la journée du lendemain, les hommes ne purent que seulement noyer les décombres fumantes. Dès qu'il en eut connaissance, M. Buchet, chef de cabinet de M. le Préfet, s'est rendu sur les lieux. Une enquête est ouverte, pour définir les causes de cet incendie."
Impuissant devant un tel spectacle (il s'était surtout préoccupé de la sauvegarde des habitants du château et, en particulier, de sa belle-mère Mme Lefèvre qui ne voulait pas quitter les lieux malgré les flammes de toutes parts) "le comte de Saint-Venant nous parla de sa demeure dont il contemplait les tristes restes en nous précisant que c'est à plusieurs centaines de millions que l'on peut estimer les ravages".
L'enquête ouverte par la gendarmerie ne mit que trois jours pour conclure à la cause accidentelle : Une employée du château était partie le matin visiter sa famille en laissant branché le fer à repasser qu'elle venait d'utiliser. L'électricité étant coupée pour la journée, elle n'avait donc pas d'inquiétude et comptait revenir à Valmer le soir même, au moment de la reprise du courant. La malchance fit qu'elle manqua son autobus de retour : quand l'électricité fut rétablie en fin d'après-midi, le fer à repasser se mit donc à chauffer...
Venu sur les lieux trois semaines après le sinistre, l'inspecteur des Monuments Historiques ne put que constater que "le seul élément pouvant être conservé est la loggia, partie qui a le moins souffert mais dont l'architecture ne semble pas de nature à retenir l'attention".
La liste est longue de tout ce qui disparut dans cet incendie. Sur la photo suivante : la bibliothèque, ornée de tapisseries des Fables d'Esope, et d'une cheminée qui sera épargnée par l'incendie et qui ira décorer un manoir en Normandie.
Et le grand salon, orné d'un plafond attribué au peintre Le Moyne,
et où se trouvait une harpe qu'aurait tenue Marie-Antoinette.
Mme Lefèvre ne survécut pas à l'anéantissement de trente-cinq ans de patientes restaurations : elle mourut en effet quatre mois plus tard, le 9 mars 1949, laissant la propriété à sa fille, la comtesse Barré de Saint-Venant.
Finalement, le célèbre architecte tourangeau Maurice Boille remit en état l'aile basse des cuisines (dont l'intérieur a été réaménagé il y a quelques années, et qui peut être louée).
On y réutilisa en guise de cheminée un linteau sculpté d'une tête de cerf provenant d'une porte d'entrée du château et datant de la restauration de 1889,

Une cheminée du 18e sera, elle, installée au château de la Côte.
En septembre 1967, le comte de Saint-Venant demanda l'autorisation de raser les ruines du château, ce que l'inspecteur des Monuments Historiques accepta après avoir lui aussi constaté que "rien d'intéressant ne peut être sauvegardé, l'ensemble de ce château ayant été très remanié au XIXe siècle". Les ruines sont rasées en août 1968. De nos jours, l'emplacement des murs du château est reproduit par des ifs taillés.
Sources :  http://www.chateaudevalmer.com/, La Touraine Archéologique (Ranjard), La Loire tourangelle (Georges Collon), Rivières tourangelles : La Brenne (SERIA), Base Mérimée, J. Vacquier, Société archéologique de Touraine (2001).