dimanche 16 juin 2013

Reugny : Le Château de la Côte

Le Petit-Rochecorbon, qui relevait du château de Rochecorbon, est construit au XVe siècle.
Il possède une tour d'escalier polygonale,
et une cheminée de la même époque.
Il formait à cette époque un fief distinct de la Côte. Ce n'est que plus tard que le Petit-Rochecorbon et la Côte sont réunis, le Petit-Rochecorbon devenant alors une dépendance de la Côte.
Le premier seigneur connu de la Côte, Marcirion, vivait en 1480. À la fin du XVe siècle, le propriétaire en était Jean de la Rüe. C'est surement lui qui fait construire la partie sud du château.
Il est possible que les tours du mur d'enceinte datent du XVe siècle,
Sur le côté nord du château, du côté de Reugny, on remarque un portail condamné. C'était peut-être l'ancien portail du château, l'actuel portail étant celui du Petit-Rochecorbon. En fait, c'est même plutôt logique que le portail se trouve du côté de Reugny, puisque la Côte dépendait de Reugny... En revanche, il est fort possible que l'entrée actuelle se soit progressivement substituée à celle-ci car la cour d'honneur se trouve de l'autre côté.
On voit bien le chemin qui allait de la Côte à Reugny en ligne droite.
Le puits de la cour intérieure date également du XVe siècle.
La charpente du Petit-Rochecorbon est datée de 1525.
Jean de la Rüe meurt en 1506, sa veuve Perrine le Fuzelier hérite et transmet la terre à leur fils Marc, en 1529, qui devient maire de Tours en 1535.
Vers 1530, Marc prolonge le château, à l'ouest, par une courte aile
et, à l'est, par une aile formant la façade orientale du château,
et le modifie (fenêtres de l'ancien bâtiment modifiées dans le style Renaissance,
tourelle d'angle ajoutée).
À l'intérieur on remarque une salle entièrement construite en pierre, qui devait abriter les chartes de la seigneurie. Ainsi, si le château brûlait, le seigneur avait toujours la preuve de ses possessions. Cette salle est présentée comme un oratoire dans de nombreux livres, or il n'aurait aucune utilité puisque la chapelle se trouve à deux pas du château.
On remarque aussi un bas-relief présentant une scène mythologique.
C'est à Jean ou Marc de la Rue que l'on doit la chapelle,
qui possède une clé de voûte à leurs armes
et une autre aux armes de sa femme / sa mère, Perrine le Fuzelier.
On remarque dans la chapelle une statue qui date peut-être du 16e siècle. 
Il en existait deux autres, mais elles ont disparu depuis.
Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, la terre fut acquise par les Forget. Jean Forget devient maire de Tours en 1598. La chapelle possède un vitrail des années 1530-35 dont le thème central est la Crucifixion. En bas de la verrière, on remarque les armes de la famille Forget, ajoutées plus tard.
Il existe plusieurs caves anciennes, dont au moins une de la Renaissance.
Elle possède un four à pain.
Jusqu'en 1756, cinq familles se succédèrent dans la possession de la Côte. Ce furent celles du Clozeau, dont Jean-Alexandre, en 1659 ; de Louis Rouillé en 1669 ; de Charles de Chastellain, écuyer, propriétaire en 1711 ; celle de Gaspard de Réal, grand sénéchal de Forcalquier, puis de Jean-André de Réal, écuyer, secrétaire du roi, en 1719 ; enfin, Charles-Jacques de la Martellière, chevalier de Saint-Louis et mousquetaire du roi, fut seigneur de la Côte en 1721.
Le portail est construit au XVIIIe siècle
ainsi que le pigeonnier.
Le 17 avril 1756, Nicolas de Chaban, administrateur des Postes et relais de France, acquit le domaine et il le céda en 1763 à sa soeur Marie, femme de Jacques Valleteau de Chabrefy. À leur mort, le manoir passe à l'un de leur fils, Thomas Valleteau de Chabrefy. C'est le fils de Thomas, Jérôme, qui en hérite en 1792. C'est certainement lui qui refait le portail en 1811.
Les décors d'armoiries en façade aux armes de Thomas Bohier sont surement ajoutés dans la première moitié du XIXe siècle, car les Bohier n'ont rien à voir avec le château de la Côte. Il y a donc de fortes chances que ça soit une fantaisie du XIXe.
Le couronnement en zinguerie de la tourelle date du tout début du XXe siècle.
Grâce au cadastre de 1819, on remarque qu'il n'y a eu aucune destruction ou reconstruction majeure depuis cette date.
Visite du château en 1842 par l'abbé Bourassé :"Il est bâti dans un site fort agréable, et dans le style avancé de la renaissance. Quelques dispositions architecturales pleines de goût le recommandent à l'attention des observateurs. Autrefois il appartenait à M. de la Baume-Leblanc, père de Mlle de LavallièreTous les titres anciens existent encore [...] ils sont en la possession de M. Valmer de Chabrefy, propriétaire actuel du château de la Côte. Nous avons admiré dans un cabinet de travail un magnifique buste de bronze de Henri IV. La tête est très remarquable pour la délicatesse et le fini du travail. On prétend que la figure a été moulée dans un masque, pris après la mort sur le visage du bon roi [a disparu depuis]. Quoi qu'il en soit, ce buste nous a paru, dans toutes ses parties, une oeuvre très distinguée."
En 1847, l'aile Est est surélevée d'un étage.
Dans les années 1850, Marie-Louise-Marguerite Valleteau de Chabrefy, épouse d'un aristocrate belge, le baron Armand de Pitteurs, était propriétaire du château. Elle agrandit les fenêtres, faisant disparaître les croisées de pierre, sauf pour les fenêtres du dernier étage.
L'intérieur du château est presque entièrement refait à la fin du XIXe siècle puis au XXe.
Le château a servi d'hôpital militaire pendant la guerre de 1870.
Albert 1er, roi de Belgique de 1909 à 1934, était très ami avec la famille de Pitteurs et séjourna au château à plusieurs reprises. Il venait "incognito de Belgique sur une puissante motocyclette. Un jour, il dépanna magistralement sur la route une voiture locale en difficulté, refusa la gratification qu'on lui offrait et, aux questions de l'automobiliste étonné qui n'avait pas encore reconnu ce grand gaillard en combinaison, répondit : Je suis le premier mécanicien de la firme Belgica."
Le château est inscrit Monument historique en 1930. C'était la première inscription de monument historique à Reugny.
Le domaine fut ensuite la propriété des Warenghien de Flory.
Après l'incendie du château de Valmer en 1948, une cheminée du 18e siècle est récupérée et installée à la Côte.
À partir de 1970, la Côte a appartenu à la famille Besnier. C'est elle qui fait creuser l'étang en face du château.
En 1975, la verrière de la Crucifixion est classée Monument historique.
En 1989, le château, la chapelle et les terrasses sont classées Monument historique et le pigeonnier et le portail sont inscrit Monument historique.

Bibliographie :
Mémoires de la société archéologique de Touraine, 1842.
J.-X. Carré de Busserolle, Armorial général de la Touraine, Tome XVIII, publié par la Société archéologique de Touraine, 1866-1867.
J.-X. Carré de Busserolle, Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire et de l'ancienne province de Touraine, Tours, 6 volumes, 1878-1884.
J. Vacquier, Les anciens châteaux de France - La Touraine, F. Contet, Paris, 1929.
Robert Ranjard, La Touraine archéologique, J. Maillocheau, Tours, 1930.
Georges Collon, La Loire tourangelle, B. Arthaud Editeur, Grenoble-Paris, 1948.
Le Patrimoine des communes d'Indre et Loire, Flohic Editions, Paris, 2001.
Cyrielle Vigie, Etude architecturale et distributive du manoir de la Côte, Reugny (37), Mémoire de Master 1 d'Histoire de l'art, préparé sous la direction de Alain Salamagne, Juin 2013.

Archives :
Maurice Foussard, Reugny, sur les chemins de l'Histoire, livret non publié.
Archives départementales d'Indre et Loire :
- Cadastre napoléonien
- Dessin du XIXe montrant le château
- Cartes postales
- Fond privé La Côte-Valmer (12J).

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